Debreu.jpgJour de colère parce que nous avons été tenus dans l'ignorance totale de ce qui se tramait au sein du Gouvernement :

A SAVOIR:

- La suppression du Tribunal de Grande Instance de GUINGAMP. - La suppression du Tribunal de Grande Instance de MORLAIX. - La suppression du Tribunal d'Instance de LANNION.

Nous l'aurions su, nous aurions travaillé, tous ensemble, politiques et professionnels, à la création d'un Tribunal de Grande Instance à LANNION.

Et ce n'était pas une utopie.

Plusieurs Magistrats, et non des moindres, nous ont, nous, avocats de LANNION, interpellés en ces termes : "pourquoi n'avez-vous pas proposé qu'un Tribunal de Grande Instance soit installé dans votre palais de Justice de LANNION"?

Et nul ne peut les taxer d'irréalisme.

Jour de colère car il y a quelques années nous avions accueilli la maison de la justice et du droit et qu'elle se révèle l'un des instruments de notre perte.

J'ai apprécié la comparaison faite par une consœur dans le journal le Trégor de cette semaine:

- entre une maison médicale où l'on parlerait du cancer et du sida, sans soigner - et la maison de la justice et du droit où l'on parle de droit mais où on ne juge pas.

Car seul un Tribunal a le pouvoir de juger et ce Tribunal nous l'avons perdu.

Jour de colère devant le mépris de ceux qui nous gouvernent.

- Mépris du petit.

- Mépris du faible.

- Mépris de celui qui pouvait sans avocat tout près de chez lui demander l'aide de la justice pour faire reconnaître ses droits.

- Mépris de celui qui pouvait, sans nulle difficulté, demander l'aide d'un Juge des Tutelles pour protéger un père ou une mère malade ou sénile.

Dès demain, pour défendre sa cause, il lui faudra parcourir 60, 100, 150 kilomètres, une fois, 2 fois, 3 fois alors que l'on sait qu'une affaire ne se résout pas en une seule audience.

Et au nom de quoi ?

Au nom de rien.

Si encore tous les tribunaux d'instance similaires au nôtre avaient été supprimés.

Mais non, certains de bien moindre importance que le nôtre subsistent.

Comment expliquer cette révoltante différence de traitement, sinon par des raisons bassement politiciennes.

Pour paraphraser Shakespeare : Il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

Jour de colère parce que notre Tribunal est supprimé alors que notre recours contre le décret scélérat n'a toujours pas été examiné par le Conseil d'Etat.

Colère car à chaque fois que nous avons demandé une entrevue avec la Ministre de la Justice pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être, nous avons été éconduits.

Jour de colère et jour de deuil.

L'on juge à LANNION depuis plus de 600 ans.

L'on juge à LANNION dans le Palais de justice où nous sommes depuis 154 ans.

A compter du 10 novembre 2009, ce sera fini.

On veut nous faire croire que ce sera un progrès.

En réponse,

Je citerai Ernest RENAN qui disait : "les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont un profond respect du passé".

Discours de Me Brigitte DEBREU-MILON, doyenne des avocats de Lannion, lors de la dernière audience du tribunal d'instance le 10 novembre 2009.