Des dizaines d'instructions menacées d'annulation en France
Par Gaëlle le mardi 9 décembre 2008, 16:35 - Revue de presse - Lien permanent
Des dizaines
d'instruction judiciaires menées en France sur des crimes sont menacées
d'annulation en raison d'une erreur de procédure du ministère de la Justice en
mars dernier, a déclaré lundi le principal syndicat de magistrats du
pays.
Le ministère de la Justice. Selon le principal syndicat de magistrats du
pays, des dizaines d'instruction judiciaires menées en France sur des crimes
sont menacées d'annulation en raison d'une erreur de procédure du ministère de
la Justice en mars dernier.
La garde des Sceaux Rachida Dati et ses services auraient, par un décret,
créé irrégulièrement des "pôles de l'instruction" dans les principaux tribunaux
de grande instance du pays.
L'annulation de ce décret a été demandée lundi par le "commissaire
du gouvernement", magistrat indépendant chargé de requérir les solutions
légales, lors d'une audience concernant ce dossier devant le Conseil
d'Etat.
Ce dernier statuera avant la fin de l'année, à une date non
précisée.
Si ce décret était annulé, la régularité des procédures d'instruction
ouvertes depuis cette date serait en cause, estime l'Union syndicale des
magistrats (USM, majoritaire).
"L'USM ne peut que déplorer cette situation qui pourrait conduire par défaut
de méthode à la libération anticipée de centaines de criminels", déclare le
syndicat dans un communiqué.
Le commissaire du gouvernement a proposé au Conseil d'Etat de donner, après
avoir annulé le décret, un délai de six mois au gouvernement pour régulariser
la situation, une voie possible pour sortir de l'imbroglio mais pas totalement
certaine.
Le problème de forme en cause réside dans la composition d'un comité
technique dont la consultation était obligatoire.
Les "pôles d'instruction" avaient été imaginés par le précédent ministre de
la Justice Pascal Clément après le fiasco judiciaire de l'affaire de pédophilie
d'Outreau, où 13 accusés avaient été innocentés, pour rendre obligatoire la
co-saisine de plusieurs magistrats dans les enquêtes complexes.
Dans un communiqué lundi soir, la ministre de Justice ne se prononce pas sur
les risques d'annulation d'enquêtes et n'évoque que le sort de sa réforme de la
carte judiciaire, qui prévoit la suppression de centaines de petites
juridictions. Celle-ci n'est selon elle pas menacée.
"Le ministre de la Justice indique que la réforme de la carte judiciaire
n'est pas concernée par l'irrégularité relevée par le commissaire du
Gouvernement. En effet, le décret du 30 octobre dernier a été soumis à l'avis
d'un comité régulièrement composé, conformément au souhait du Garde des
Sceaux", écrit-elle.
Reuters - Thierry Lévêque, édité par Gérard Bon pour l'Express - 8 décembre 2008
