Le procureur se retire, sans successeur
Par Gaëlle le dimanche 7 décembre 2008, 11:51 - Revue de presse - Lien permanent
Dernier jour
au parquet, hier, pour le procureur de Guingamp. L'heure de la retraite a
sonnépour Marie-Sophie Monet, qui n'aura pas de successeur. Fermeture du
tribunal oblige. Contrairement à l'usage, votre départ n'a pas donné lieu à de
grande cérémonie. Une marque de discrétion ou d'amertume ?
Une chape de plomb est tombée sur le tribunal depuis l'annonce de sa fermeture, l'année dernière. Donnant cette impression diffuse de passer à la guillotine... psychologique. Mon départ à la retraite se trouve donc assombri par cette disparition programmée, en janvier 2011. Bien sûr, cela ne me concerne plus désormais. Mais mes collègues en sont très affectés si bien qu'une fête m'aurait paru déplacée.
Pour vous, la fermeture du tribunal de Guingamp est donc actée ?
Bien sûr ! Un glissement sémantique pernicieux nous a fait passer de la suppression du tribunal à une fusion avec Saint-Brieuc, tout en envisageant l'éventualité d'« audiences foraines » à Guingamp... Mais la suppression est une évidence. Certes, une réforme de la carte judiciaire était nécessaire. Seulement, Guingamp n'avait aucune raison d'y figurer. Son tribunal a une raison d'être. Avec 180 000 administrés, sa présence est tout à fait justifiée. Car un tribunal se doit d'être accessible aux justiciables. Ici, nous ne sommes pas à Paris avec son réseau de transports en commun !
Aviez-vous senti la réforme venir ?
Absolument pas. La méthode s'est révélée brutale. Nous nous sommes retrouvés au pied du mur, sans la moindre concertation.
En attendant la fermeture, quels changements attendent le personnel ?
Même si cette fermeture n'est pas pour demain, elle est palpable. Les conséquences se font déjà sentir à notre niveau. Depuis plusieurs mois déjà, les dossiers criminels nous échappent. Ils sont instruits à Saint-Brieuc. Alors autant dire que le travail devient moins intéressant. C'est une réalité. Autre conséquence : mon départ ne donne lieu à aucun remplacement. Je n'aurai pas de successeur.
Au regard de votre carrière à Montargis, Fontainebleau, Évry puis Saint-Pierre-et-Miquelon, quelle délinquance vous semble marquer la région guingampaise ?
Une réalité : ici, on apprécie particulièrement les boissons
alcoolisées. De là découlent beaucoup de troubles à l'ordre public, de
violences conjugales... Au tribunal, les 4/5e des infractions sont dus à la
consommation d'alcool.
