marianne.jpgEspérant économiser 10 millards d'euros par an, l'Etat rationalise à l'emporte-pièce. ça grince dans les régions perdantes...

La succursale de la Banque de France, la gare de fret, la comptabilité publique et la direction des impôts, le bureau de dédouanement, des écoles, la chambre de commerce, et maintenant le tribunal de grande instance, le tribunal de commerce et probablement les prud'hommes : la liste des services publics fermés ou restructurés à Saint-Dié-des-Vosges, 20 000 habitants, n'en finit pas de s'allonger. « En trois ans, nous avons perdu au moins 150 emplois ! La ville a quasiment été vidée de sa substance administrative. Jamais je n'aurais cru voir ça ! », enrage Christian Pierret, le maire (PS), qui s'attend aussi au départ d'une base logistique de l'armée. « La décision n'est pas officielle, mais les troupes, ici, sont déjà au courant », soupire-t-il.

Saumur craint d'être privé de TGV

Touché par la fermeture de la succursale de la Banque de France, par l'arrêt des activités chirurgicales de l'hôpital, et bientôt par la fermeture de ses tribunaux de grande instance et de commerce, Saumur s'inquiète pour sa desserte TGV : le contrat qui lie la ville et la SNCF doit être renégocié.

Et le cas de la « capitale mondiale de la géographie » est loin d'être isolé, comme le montre notre carte. La raison ? Le réaménagement du territoire amorcé ces dernières années connaît une accélération sans précédent depuis l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée. Rachida Dati, la ministre de la Justice, vient de rayer d'un trait de plume 226 tribunaux et conseils de prud'hommes. La création de « communautés hospitalières de territoire », souhaitée par l'Elysée, condamnera de fait nombre de maternités et de blocs opératoires. Quant à la nouvelle carte militaire, attendue pour la fin du mois de juin, elle devrait semer la désolation dans plusieurs dizaines de villes. Et ce n'est qu'un début !

Toutes ces réformes s'inscrivent en effet dans un ensemble plus vaste au nom barbare, la révision générale des politiques publiques. Lancée l'été dernier, la RGPP vise à passer au crible toutes les dépenses de l'Etat. Objectif : 10 milliards d'euros d'économies par an, notamment grâce au non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. D'ores et déjà, plus de 250 chantiers de rationalisation à grande échelle ont été lancés, auxquels il faut ajouter ceux de La Poste et de la SNCF.

Briançon s'apprête à fermer sa caserne

Après le tribunal d'instance et le conseil des prud'hommes, Briançon risque de perdre sa caserne. Ce départ s'inscrit dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) et du livre blanc sur la défense, qui sera publié à la fin de juin. En attendant, le maire, Alain Bayrou (UMP), ne baisse pas les bras. Il vient de défendre auprès d'Hervé Morin, le ministre de la Défense, le projet de création d'un Centre interarmées européen d'entraînement et d'aguerrissement en montagne.

« Il faudra plusieurs années avant de parler d'économies », prévient Dominique Conort, contrôleur général des armées. Economies que par ailleurs personne ne s'est donné la peine d'évaluer.

Aujourd'hui, l'heure est plutôt aux dépenses : la réforme de la carte judiciaire, par exemple, est évaluée à 500 ou 600 millions d'euros, tandis que le rapprochement de l'informatique de la Direction générale des impôts et de celle de la comptabilité publique a déjà coûté 200 millions d'euros.

Et ce n'est qu'un début, car les fonctionnaires du fisc toucheront durant plusieurs années une prime de fusion. Les syndicats, de leur côté, doutent de la réussite de ces réorganisations faites, selon eux, à la va-vite : « Les cultures sont très différentes d'une administration à l'autre. Pour qu'un rapprochement aboutisse, il faut beaucoup de dialogue social. Or celui-ci est inexistant », déplore François Fayol, fonctionnaire et secrétaire général de la CFDT cadres.

En attendant, ces réformes mettent le feu au pays tant leur impact territorial est fort. Premières touchées : les villes de moins de 50 000 habitants. « On rassemble tout dans les grosses agglomérations. Justement là où les prix de l'immobilier explosent et où la délinquance augmente : c'est aberrant, il n'y a plus de politique d'aménagement du territoire en France », regrette Gérard Gouzes, maire PS de Marmande (18 000 habitants). Dépité, l'élu aquitain a fait ses comptes : avec la fermeture du tribunal et de la Banque de France, ce sont 200 000 euros de recettes fiscales qui vont s'évaporer et plus globalement 1 million d'euros de manque à gagner. « Faudra-t-il augmenter les impôts locaux pour maintenir les services aux administrés ou fermer la piscine un jour sur deux faute de moyens ? », s'interroge-t-il.

Fusion clinique-hôpital en vue à Abbeville

Abbeville et ses 25 000 habitants comptent encore une clinique et un hôpital, chacun dotés de services de chirurgie. Mais plus pour très longtemps : le regroupement des deux établissements sur un seul site est à l'étude, « afin de pouvoir préserver à terme au moins un bloc opératoire dans la commune », souligne-t-on à la mairie, où l'on déplore déjà la fermeture de la succursale de la Banque de France et celle du tribunal de grande instance, programmée pour 2010.

A Commercy (Meuse), le maire PS, Bernard Muller, annonce 20 millions d'euros par an de pertes si la caserne déménage, et la faillite de nombreux commerces. Dans sa bourgade de 7 000 habitants, le régiment d'artillerie et ses 900 salariés comptent pour 30 % de leur chiffre d'affaires !

L'expansion - 30 mai 2008