Justice en Tregor Argoat

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mercredi 13 janvier 2010

La dernière audience de rentrée du tribunal boudée par élus et avocats

Dans un an, le tribunal de grande instance de Guingamp aura définitivement fermé ses portes. Cet après-midi, les magistrats ont donc ouvert l'ultime audience de rentrée du tribunal. Une cérémonie au cours de laquelle les élus ont brillé par leur absence. A l'instar des avocats qui, eux, ont justifié leur décision : « On ne peut assister sereinement à une telle cérémonie alors que la disparition du tribunal est programmée par le gouvernement pour la fin 2010, indique le bâtonnier. Or nous sommes en janvier et le Conseil d'Etat n'a toujours pas statué sur le recours formé contre cette suppression ».

Ouest-France 13 janvier 2010

samedi 2 janvier 2010

Sous-préfecture. Fougères chipe Vitré à Rennes

00489944_000007Les députés de Vitré et de Fougères, en Ille-et-Vilaine, ont réussi un joli coup. Ils ont obtenu de l'État le rattachement de Vitré à l'arrondissement de Fougères au 1erjanvier. À la clé, la réouverture programmée de tribunaux qui viennent de fermer.

Il fallait s'appeler Pierre Méhaignerie pour faire la nique aux coupes sombres de la carte judiciaire de MmeDati. Le «menhir» de Vitré, ancien ministre, leader de l'aile centriste de l'UMP, a réussi un joli coup avec la complicité de Thierry Benoît, son jeune collègue parlementaire de Fougères (lui aussi centriste, ex-bayrouiste et, aujourd'hui, proche de la majorité présidentielle).

Le plus petit arrondissement breton

Nul doute que l'entregent de l'un et l'habileté naissante de l'autre ont pesé lourd dans une décision gouvernementale à contre-courant du vent de réforme qui souffle sur l'administration. Il est, paraît-il, dans l'air du temps de réduire la toile sous-préfectorale. Aussi pouvait-on penser que le sous-préfet de Fougères, à la tête du plus petit arrondissement parmi les quinze que compte la Bretagne, avait toutes les chances d'être sacrifié en priorité sur l'autel de la révision des politiques publiques. Eh bien non! Au lieu de voir ses six cantons et ses 80.000 administrés avalés par un puissant arrondissement voisin (Rennes ou Saint-Malo), voilà qu'il joue les ogres et double de volume en annexant l'ancien arrondissement de Vitré. Ce dernier, supprimé en 1926 et rattaché alors à celui de Rennes, vient d'être arraché au puissant tropisme métropolitain. L'énorme arrondissement rennais (622.000habitants, 31 cantons) perd ainsi six cantons et 90.000 administrés au bénéfice de celui de Fougères, qui devient désormais une sous-préfecture de belle taille, et laisse à Châteaulin la place de dernier breton.

Une «présence juridictionnelle»

Sauver une petite entité administrative et démembrer le gigantisme métropolitain, voilà déjà qui ne va pas dans le sens du poil des aménageurs d'espace. Mais en plus, MAM, la garde des Sceaux elle-même, l'a annoncé: le préfet Cadot a le feu vert pour procéder à la «réinstallation d'une présence juridictionnelle dans le nouvel arrondissement avant fin 2010». Est-ce à dire qu'à peine fermés, les tribunaux d'instance vont rouvrir à Vitré comme à Fougères? Sans doute pas: si l'un d'entre eux renaît de ses cendres, ce ne sera pas si mal. Le conseil de prud'hommes de Fougères pourrait bien, lui aussi, ressusciter. Mais, comme le précise la ministre, tout cela devra se faire «dans le respect des économies d'emploi résultant de la révision générale des politiques publiques». Bref, il va falloir rhabiller Paul, en allant récupérer à Rennes quelques postes vitréens et fougerais.

Alain Le Bloas - Le Télégramme 2 janvier 2010

jeudi 31 décembre 2009

Un tribunal d'instance sur quatre rayé de la carte judiciaire

avocat_flou.jpgUn vaste remaniement de la carte judiciaire voit le jour en ce début d'année 2010. Le 31 décembre, 178 tribunaux d'instance sur 473, compétents pour les litiges de voisinage, les affaires de surendettement ou de tutelles, ferment leurs portes. C'est une nouvelle étape de la réforme de la carte judiciaire : fin 2010, 21 tribunaux de grande instance disparaîtront également après ceux de Millau et de Belley, qui ont fermé en octobre.

Cette refonte de la carte judiciaire, une première depuis 1958, se fait dans une relative discrétion, après le tohu-bohu politique provoqué par son annonce et sa gestion, menée tambour battant par l'ancienne garde des sceaux, Rachida Dati. La réforme a fait couler beaucoup d'encre. Sa mise en oeuvre et les incertitudes financières et juridiques la concernant laissent un goût amer à une partie du personnel judiciaire et suscitent de nombreuses questions.

La justice de proximité touchée. Ce sont les tribunaux d'instance qui constituent le coeur de la réforme de la carte judiciaire. Leur suppression est moins sensible politiquement que celle des cours d'appel ou des tribunaux de grande instance installés dans les grandes villes et qui profitent du relais d'élus locaux au poids plus important. Après avoir combattu le principe de la suppression de certains tribunaux d'instance, l'Association nationale des juges d'instance (ANJI) s'inquiète aujourd'hui des effectifs. "On se bat pour que les tribunaux qui restent puissent fonctionner", explique Muriel Robert-Nicoud, coprésidente de l'ANJI.

Depuis l'annonce de la fermeture de leurs tribunaux, de nombreux magistrats et fonctionnaires ont demandé leur mutation ou pris leur retraite. "Les juridictions (qui regroupent les dossiers des tribunaux supprimés) reçoivent des cartons et des dossiers, éventuellement un magistrat, mais pas de greffier. Cela va entraîner des retards importants pour les justiciables", s'inquiète Mme Robert-Nicoud.

Il y avait 887 juges d'instance avant la réforme, il y en aura 860 après. Le nombre de greffiers passe, lui, de 4 102 à 3 897. Une diminution qui s'explique, selon le porte-parole de la chancellerie, Guillaume Didier, par une "meilleure rationalisation du travail dans des juridictions plus importantes". "Certaines juridictions sont en sous-effectifs, d'autres en sureffectif. Il faudra encore quelques mois pour lisser les situations", explique-t-il.

Cette baisse des effectifs n'est pas sans effet sur les justiciables. "En raison de l'absence de greffiers, je suis obligée de supprimer les trois quarts des audiences pénales du tribunal de police car nous n'avons pas assez de personnels de greffes", explique Dominique Barthe-Bougenaux, vice-présidente du tribunal d'instance de Grenoble qui absorbe ceux de La Mure et Saint-Marcellin.

Risques d'embouteillages pour les tutelles. La suppression des tribunaux d'instance intervient un an après l'entrée en vigueur de la réforme des tutelles de mars 2007. Elle oblige les juges d'instance à réviser, d'ici à 2014, l'ensemble des dossiers de tutelle, soit 800 000 mesures : 29 juges supplémentaires ont été créés pour ce surcroît de travail. C'est peu ou prou le nombre de magistrats supprimés dans le cadre de la carte judiciaire.

La suppression de 178 tribunaux d'instance devrait compliquer le travail des juges. "Nous devons voir les personnes sous tutelle avant de nous prononcer sur le bien-fondé d'une mesure. Cela nous oblige à nous déplacer avec une greffière dans les maisons de retraite, éloignées du tribunal de rattachement, explique Stéphanie Kass-Danno, coprésidente de l'ANJI. Nous allons avoir d'énormes difficultés à gérer nos stocks. Nous avons alerté la chancellerie."

Un coût à géométrie variable. Combien coûtera la réforme de la carte judiciaire ? Les annonces de la chancellerie ont été à géométrie variable et régulièrement revues à la baisse. Des documents de travail du ministère de la justice avaient chiffré un coût de plus de 1 milliard d'euros. Mme Dati a évoqué successivement 800 millions d'euros pour le volet immobilier, puis 500 millions d'euros.

Le coût de la réforme de la carte judiciaire est aujourd'hui évalué par le ministère à 427 millions d'euros sur cinq ans, dont 385 millions pour l'immobilier. Ce chiffre laisse sceptiques de nombreux parlementaires. Yves Deniaud (UMP) remarque que ce coût s'ajoute aux 1,2 milliard d'euros programmés pour d'autres travaux : "La tentation pourrait être forte pour le ministère de classer dans la catégorie "hors carte judiciaire" des travaux qui, pourtant, sont la conséquence directe de la réforme, afin d'en minorer le montant global tel qu'il est présenté au Parlement."

Les lenteurs du Conseil d'Etat. Le Conseil d'Etat doit examiner, le 3 février, les centaines de recours sur la carte judiciaire plus de deux ans après leur dépôt. Les premiers décrets sur la carte judiciaire n'étaient pas légaux, car la composition des commissions mixtes paritaires les ayant examinés n'était pas valide. Un comble pour le ministère du droit ! La chancellerie a publié de nouveaux décrets, ce qui a entraîné de nouveaux recours. Mais la lenteur du Conseil d'Etat inquiète les syndicats. Que se passera-t-il si la juridiction administrative invalide la suppression d'un tribunal déjà fermé ?

Alain Salles - Le Monde 31 décembre 2009

Tribunal. Six siècles vous contemplent

CPA_Tribunal.jpgDu haut de ce tribunal, six siècles de justice vous contemplent. La fermeture du tribunal d'instance, en cette fin 2009, marquera la fin de plus de 600 ans d'histoire judiciaire à Lannion.

Depuis 1392. Les documents historiques mentionnent l'existence d'une sénéchaussée royale, à Lannion, dès 1392. Pour faire court, la sénéchaussée est le nom du tribunal de première instance, sous l'Ancien Régime. Partir, revenir. Au cours de l'histoire, le tribunal de Lannion a déjà disparu plusieurs fois. Mais c'était pour mieux renaître. Ainsi, en 1564 ou 1565, la juridiction royale quitte Lannion pour Tréguier, probablement pour «quelque acte d'opposition», suppose l'historien Adolphe Nepvou de Carfort. Mais elle y revient en 1576, «en raison de conflits de concurrence entre les magistrats royaux et ceux de l'évêché-comté», notent Pierre de LaHaye et Yves Briand, dans leur «Histoire de Lannion». Toutefois, elle gardera le nom de «juridiction royale de Tréguier à Lannion». Révolution judiciaire. La période révolutionnaire est riche en rebondissements. Exit les juridictions de l'Ancien Régime, Lannion hérite, en 1790, d'un tribunal de district. Qui se transforme cinq ans plus tard en un tribunal civil et un tribunal correctionnel. Lesquels sont supprimés par la Constitution du 22 frimaire an VIII (soit le 13décembre 1799), qui institue en leur place un tribunal de première instance. L'élégant auditoire. Le palais de justice, tel que nous le connaissons aujourd'hui, ne sera construit que dans les années 1860. Auparavant, les audiences se tiennent à l'auditoire, un bâtiment situé sur l'actuelle place du Centre, et qui abrite aussi les réunions des instances municipales. «L'auditoire était un élégant bâtiment, comportant un rez-de-chaussée surélevé, surmonté d'un étage de combles... Le large pignon cintré qui, dissimulant la toiture, surmontait la façade, portait un lanterneau, garni d'une horloge. Au sous-sol, entre les deux rampes du perron, s'ouvrait une voûte basse qui, rampant sous toute la longueur du bâtiment, communiquait avec la prison», peut-on lire sous la plume de Georges Lenôtre, dans son récit d'une condamnation de 1794.

Banal palais de justice. Un joli bâtiment que l'auditoire, mais en fort mauvais état, qui nécessite de fréquentes rénovations. Et cède la place, dans les années 1860, au nouveau palais de justice, dont l'architecture suscite moins d'éloges. «Le tribunal de première instance, au fronton triangulaire et aux colonnes massives, de la pire banalité», écrit Léon Dubreuil. Tribunal d'instance 1958-2009. À la création de la Cinquième République, en 1958, Lannion est dotée d'un tribunal d'instance. Nous sommes quelques années avant la révolution des télécoms et Lannion compte à peine 6.000 habitants. Aujourd'hui, la ville compte 20.000 habitants. Mais désormais aucun tribunal. Pour la première fois, depuis plus de 600 ans.

Jean-Luc Le Roux - Le Télégramme 31 décembre 2009

samedi 12 décembre 2009

Tribunal : « Appréhension avant la fermeture »

TB_GGP_TRIB28David Jobard entame sa dernière année à la présidence du tribunal de grande instance. Une juridiction qui fonctionnait « à merveille », selon lui, mais qui fermera ses portes fin 2010. Entretien

Quel bilan tirez-vous de votre première année de présidence à Guingamp ?

Elle confirme l'excellente impression que j'avais. C'est une juridiction qui fonctionne à merveille, qui est très efficace. Nos résultats sont parmi les meilleurs. Nos délais de traitement des dossiers sont nettement en dessous de la moyenne nationale et ce malgré deux postes vacants (juge d'instruction et juge d'application des peines). Cette efficacité, on la doit à l'implication de tous les collègues qui acceptent une charge de travail supplémentaire sans rechigner, car ils ont à coeur de rendre une juridiction en bon état d'ici fin 2010.

De quelle manière abordez-vous la fermeture du TGI ?

L'échéance immédiate, c'est la fusion le 1er janvier des tribunaux d'instance de Lannion et Guingamp, place de Verdun. Lorsque le tribunal de grande instance aura déménagé, le tribunal d'instance s'installera place du Centre. Le tribunal des prud'hommes y emménagera aussi avec éventuellement d'autres intervenants. Pourquoi pas des conciliateurs de justice ou le Spic (service pénitentiaire d'insertion et de probation) ? La fermeture du TGI, on l'abordera vraiment en fin d'année.

Comment appréhendez-vous cette fermeture ?

D'un point de vue fonctionnement, il s'agira d'une année tout à fait normale, au moins jusque fin octobre. Actuellement, il y a des audiences supplémentaires car le cabinet d'instruction a clôturé beaucoup de dossiers. C'est une charge de travail supplémentaire pour le greffe qui l'accepte avec beaucoup de bienveillance. Nous avons une souplesse de fonctionnement qu'on ne retrouve pas dans les grosses structures. Les deux derniers mois seront sans doute particuliers. Ils devront permettre à la juridiction de se mettre en état pour préparer le transfert vers Saint-Brieuc des archives, des dossiers, des scellés... Pendant ce temps, l'activité civile et pénale risque d'être un peu ralentie... Bien entendu, les urgences seront traitées.

Comment réagit le personnel ?

Le volet humain est plus délicat. Il y a beaucoup d'inquiétude et d'appréhension. C'est légitime. Une trentaine de fonctionnaires sont concernés. Certains feront valoir leur droit à la retraite, d'autres ont effectué des demandes de mutation dans d'autres juridictions. Un comité de pilotage travaille en lien avec Saint-Brieuc pour apporter des solutions humainement acceptables. Il réfléchit aux affectations dans les services en fonction des voeux, des aménagements d'horaires... Cette question des horaires revêt un caractère particulièrement important. Plusieurs fonctionnaires n'habitent pas Guingamp et leur temps de transport professionnel va être considérablement allongé. Ce n'est pas simple à gérer pour une famille. Nous sommes confiants car les chefs de cour sont particulièrement attentifs à trouver des solutions.

La fermeture est inéluctable ?

C'est une décision politique qui s'impose à nous. On la met en oeuvre. Même si je pense qu'en terme de pertinence, il aurait sans doute fallu prévoir une juridiction dans le Trégor, entre Brest et Saint-Brieuc... Concernant les recours en annulation, le Conseil d'État ne les a toujours pas examinés. Ni celui concernant le TGI, ni celui du TI. Et Lannion fait déjà ses cartons. Si sa fermeture devait être annulée, ce serait une situation inédite. À la Chancellerie de s'en débrouiller...

Pascale LE GUILLOU. Ouest-France - 12 décembre 2009

jeudi 10 décembre 2009

La France ferme dans la discrétion 151 tribunaux d'instance

OFRTP-FRANCE-JUSTICE-CARTE-20091210La réforme de la carte judiciaire française, un des projets les plus critiqués de l'ex-ministre de la Justice Rachida Dati, va franchir dans la plus grande discrétion un pas décisif le 31 décembre.

À cette date, 151 tribunaux d'instance, soit près d'un tiers du total de 2007 (473), fermeront définitivement leurs portes et verront leur activité transférée dans d'autres villes.

Le tribunal d'instance traite les petits litiges, notamment civils, du quotidien. Cinquante-cinq tribunaux de commerce, 62 conseils de prud'hommes et 27 autres tribunaux d'instance ont déjà été fermés dans un passé récent.

Très critiqué politiquement à droite comme à gauche, ce bouleversement sans précédent depuis 1958 se fait, selon les syndicats de magistrats, dans la confusion et aboutit fréquemment à un surcoût immobilier et une désorganisation.

Il s'opère dans l'insécurité juridique, puisque le Conseil d'Etat doit encore examiner, en principe début 2010, les centaines de recours en annulation déposés.

Les opposants à la réforme estiment qu'on ferme les tribunaux dans la précipitation pour créer un "fait accompli" et rendre ces recours inopérants. "Tout cela a été fait en dépit du bon sens", dit Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).

Le gouvernement conteste ces griefs, tout en s'exprimant peu sur le dossier. Michèle Alliot-Marie, qui a remplacé en juin Rachida Dati au ministère, a délégué le dossier à son secrétaire d'Etat Jean-Marie Bockel, un ancien socialiste.

Le ministère de la Justice présente l'opération comme un moyen de "rendre la justice plus rapide et plus efficace".

Il ne fait que superviser les fermetures, qui posent de multiples problèmes financiers, matériels, juridiques et informatiques censés être résolus par un guide méthodologique de 33 pages. Les autorités judiciaires locales font l'essentiel du travail, en l'absence d'administration dédiée à l'opération.

SURCOÛT IMMOBILIER

Premier grief soulevé par le monde judiciaire, le déménagement des tribunaux est souvent coûteux, les locaux abandonnés restant à la charge des collectivités locales, tandis que les locaux qui accueillent leur activité, souvent déjà saturés, doivent s'agrandir, donc louer ou investir.

C'est le cas par exemple à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), où selon le président du tribunal, Alain Tessier-Flohic, l'absorption des tribunaux d'instance de Biarritz et Saint-Palais a coûté 420.000 euros et amené la location de nouveaux bureaux.

Selon le Sénat, la réforme a généré plus de 400 opérations immobilières, pour un quart provisoires. Les syndicats de magistrats jugent largement insuffisants les 30 millions d'euros budgétés à ce titre pour 2010.

Deuxième grief, le service se dégraderait en raison de problèmes dans les transferts de personnels et de dossiers.

C'est l'avis de Karine Faessel, présidente du tribunal d'instance de Mulhouse (Haut-Rhin), où ont été regroupés en novembre les tribunaux d'Altkirch et de Huningue.

Pour la gestion des tutelles de personnes irresponsables, Mulhouse a vu s'ajouter 1.200 dossiers aux 3.000 en cours, mais n'a pu reprendre que neuf des 19 employés des anciens tribunaux, les autres ayant préféré partir ailleurs. Les délais de traitement sont donc rallongés.

Troisième grief, avancé notamment par les élus locaux, l'abandon de petites juridictions léserait les habitants des zones rurales, pour lesquels un déplacement de 80 km ne serait pas toujours évident.

La commission des Lois du Sénat a soutenu cet argument et fait part de son inquiétude dans un rapport en novembre où elle demande "le maintien effectif de l'accès au droit".

L'ouverture de Maisons de la justice et du droit (MJD), structures d'orientation qui ne remplacent pas les tribunaux, suscite l'inquiétude car l'Etat ne les finance qu'en partie.

Le dossier n'est pas refermé. Les dernières fermetures et les plus sensibles, celles de 21 tribunaux de grande instance, sont programmées pour la fin 2010.

Édité par Yves Clarisse pour Reuters - 10 décembre 2009

mardi 8 décembre 2009

Suppressions

Carte_suppression.jpg
Le 31 décembre prochain, 200 tribunaux d'instance vont disparaître. Un vrai bouleversement pour les villes concernées.

Le compte à rebours a commencé : le 31 décembre prochain, près de 200 tribunaux d'instance et autant de greffes vont fermer leur porte. Pour la première fois, la réforme de la carte judiciaire, annoncée depuis deux ans, va devenir tangible pour des centaines de milliers de justiciables. La carte des tribunaux français n'avait pas été modifiée depuis 1958, elle va cette fois subir des transformations importantes jusqu'à l'année prochaine : le 31 décembre 2010, 21 tribunaux de grande instance, juridictions plus importantes, baisseront à leur tour le rideau (deux l'ont déjà fait). Cette réforme à laquelle personne ne voulait croire, tant les résistances des élus locaux étaient fortes, sera bouclée.

Au total, plus de 400 implantations judiciaires vont disparaître, en comptant la suppression de 55 tribunaux de commerce et de 62 conseils des prud'hommes, déjà effectuée.

Pour la Chancellerie, ce vaste remaniement du paysage judiciaire représente un défi technique : une mission spéciale carte judiciaire a travaillé pendant plus d'un an pour préparer le big-bang. Sur le plan humain, la valse des mutations et nominations constitue un véritable casse-tête : 1 800 magistrats et greffiers sont concernés, sans compter les quelque 500 avocats dont le barreau n'existera plus. Dans de nombreux tribunaux appelés à fermer, les magistrats ont d'ailleurs souvent anticipé en demandant d'autres postes, si bien que la juridiction fonctionne déjà à effectifs réduits. La plupart des personnels de greffe vont, eux, rejoindre la juridiction avec laquelle feu leur tribunal a fusionné. Seuls quelques-uns d'entre eux restent sur place, accueillis dans une autre administration. «Aujourd'hui il ne reste plus que 20 cas à régler pour le basculement des tribunaux d'instance», lance, plutôt soulagé, un haut magistrat à la Chancellerie.

L'enjeu est également immobilier : la réforme de la carte ne représente pas moins de 450 opérations immobilières ! Pour accueillir les magistrats et les greffiers des juridictions rayées de la carte, on se serre un peu plus dans les tribunaux d'accueil ou bien on loue de nouveaux locaux, en attendant la réalisation de travaux d'agrandissement. Généralement, les locaux libérés n'appartenaient pas au ministère de la Justice, mais aux collectivités locales : quelques mairies envisagent déjà d'installer une bibliothèque, beaucoup n'ont pas encore de projet.

Pour la justice, la réforme a donc un coût important. Officiellement, ce vaste chamboulement immobilier est estimé par la Chancellerie à 385,7 millions d'euros sur dix ans. Dans son rapport sur le projet de loi de finances pour 2010, le député (UMP) Yves Deniaud marque toutefois un certain scepticisme vis-à-vis de ce chiffre. «Le rapporteur spécial s'interroge sur les critères qui ont prévalu à la distinction entre travaux relevant de la réforme de la carte judiciaire et hors carte judiciaire», note l'élu, soupçonnant une volonté de minorer le coût de la réforme face à un Parlement qui était plutôt hostile au projet.

Lettres de protestation

Des estimations divergentes ont en effet été données. Dans une note interne de la Chancellerie, le chiffre est arrondi à 500 millions sur six ans. En 2008, la somme de 545 millions a été citée par le représentant du ministère devant la commission des finances du Sénat. Des documents préparatoires à la réforme, eux, évoquaient il y a deux ans un total approchant 900 millions d'euros… Par ailleurs, une partie des frais d'adaptation, par exemple informatiques, sont intégrés au plan de relance.

La Chancellerie est donc suspectée de ne pas dévoiler la totalité de l'addition, car la réforme de la carte judiciaire n'est toujours pas populaire auprès des élus - qui l'ont combattue en vain. Jean-Marie Bockel, à qui Michèle Alliot-Marie a confié le suivi de la réforme, a entrepris de faire le tour des cours d'appel. À chacun de ses déplacements, le secrétaire d'État à la Justice commence par répéter que les arbitrages ne changeront plus. Des lettres de protestation continuent en effet de parvenir Place Vendôme et des manifestations de protestation sont encore prévues cette semaine.

«À Péronne, tous étaient convaincus que leur palais de justice ne fermerait pas, simplement parce que Rachida Dati y avait exercé !», raconte un magistrat. «J'espère encore une réflexion», lance Gérard Gouzes, maire de Marmande, qui s'apprête à perdre, en plus de «son» tribunal de commerce, «son» tribunal de grande instance. «Le tribunal d'Agen est en travaux, les gens travaillent dans des préfabriqués, alors que notre tribunal, tout neuf, va être fermé, déplore-t-il. Vous voulez une photo ? Il est magnifique.» Amer, le maire envisage d'installer dans ces locaux un «tribunal arbitral» - un mode parallèle de résolution des conflits entre personnes privées. «Les avocats déménagent, les huissiers vont suivre, c'est un pan d'économie qui s'en va», regrette encore Guy Durand, le maire de Millau. Malgré tout, 23 tribunaux d'instance et 2 tribunaux de grande instance ont déjà fermé par anticipation, sans cris. «Ce n'est pas facile, explique Jean-Marie Bockel. Mais cela se passe quand même globalement mieux que je ne l'imaginais.»

Le Figaro - 7 décembre 2009

jeudi 3 décembre 2009

Saint-Brieuc. 9,8M€ pour rénover le palais de justice

Adam_2.jpgL'annonce officielle est tombée hier. À partir de 2013, le palais de justice de Saint-Brieuc sera entièrement rénové. Coût de l'opération: 9,8M€. Durée des travaux: trois ans.

Il aura donc fallu attendre le milieu de journée, hier, pour enfin apprendre, de source officielle, que le palais de justice de Saint-Brieuc allait être entièrement rénové, entre2013 et 2016, pour la bagatelle de9,8M€. Car jusque-là, l'inauguration des nouveaux locaux des tribunaux d'instance, de commerce et des prud'hommes de la ville, débutée à 14h30, ressemblait à s'y méprendre à une trop longue visite de locaux organisée par une agence immobilière. «C'est spacieux, confortable et lumineux...», entendait-on dans les rangs. Sans grand intérêt, donc. D'autant que ça fait bien longtemps que lesdits tribunaux ont ouvert leurs portes à leurs nouvelles adresses. Depuis fin juin pour le tribunal d'instance, désormais installé 6bis, allée Marie-Le Vaillant; respectivement depuis la fin octobre et début novembre pour les tribunaux de commerce et les prud'hommes, tous deux déménagés au17, rue Parmentier.

Une première étape de 2,5M€ sur deux sites

Parmi les invités à cette surprenante visite guidée par Alain Sadot, président du TGI, figuraient toutefois quelques personnalités du monde judiciaire, telles que Michel Couaillier et Léonard Bernard de la Gatinais, respectivement premier président et procureur général près la cour d'appel de Rennes. Lors du discours qui a suivi, Fabrice Adam, magistrat délégué aux opérations immobilières de la Justice en Bretagne, est revenu sur le coût de ces travaux: 1,84M€ pour les 580m² du tribunal d'instance; 1,7M€ pour les 750m² du tribunal de commerce et les prud'hommes.

Les services civils regroupés

Il a aussi expliqué qu'il ne s'agissait que d'une première étape, car d'autres opérations immobilières allaient être conduites dans les prochains mois. En raison, comme les précédentes, des conséquences de la nouvelle carte judiciaire voulue par Rachida Dati. Ainsi, les anciens locaux du tribunal de commerce, boulevard de Sévigné, seront rénovés, pour un coût de 600.000 €, afin d'accueillir, à terme, tous les services civils du tribunal de grande instance. Car ce dernier va très vite manquer de place, à l'arrivée du personnel du TGI de Guingamp, dont la fermeture a été annoncée il y a plusieurs mois.

Une restructuration technique et fonctionnelle

D'ici quelques mois, le TGI de Saint-Brieuc sera donc divisé en deux pôles distincts, séparés par un boulevard. Ce qui ne sera pas sans engendrer quelques problèmes d'organisation. Reste maintenant à savoir si cette situation sera pérenne ou pas. «Tout dépendra du grand projet de réhabilitation du palais de justice, d'un coût de 9,8M€», a répondu Fabrice Adam. Une «restructuration technique et fonctionnelle», en profondeur, qui était devenue inévitable tant les manquements sont criants, notamment en terme de sécurité. «Pour l'instant, nous étudions toutes les possibilités, y compris celle d'étages intermédiaires, si c'est réalisable. L'étude de faisabilité se fera en avril 2010. Quant à la validation du projet, elle devrait intervenir en septembre 2010.» Les travaux, eux, ne commenceront pas avant 2013, et dureront trois ans. Trois ans de chantier avant, sans doute, une inauguration en grande pompe.

Gwendal Hameury
Le Télégramme 2 décembre 2009

mercredi 2 décembre 2009

Réforme de la carte judiciaire : d’abord de grosses dépenses

Adam.jpgLe 1er président de la cour d’appel de Rennes vient d’inaugurer, à Saint-Brieuc, les nouveaux locaux du tribunal de commerce et des prud’hommes (1,7 million d’euros dépensé) et du tribunal d’instance (1,8 million) qui s’apprête à intégrer celui de Loudéac. Surtout, on annonce un investissement de neuf millions d’euros afin que la ville dispose, d’ici 2016, d’un palais de justice moderne, accessible et fonctionnel. Le tribunal de grande instance compte une soixantaine d’agents et, lors de la fusion avec Guingamp début 2011, son effectif dépassera la centaine de personnes.

Ouest-France 2 décembre 2009

mardi 1 décembre 2009

Tribunaux bretons. Presque sur la paille !

robin.jpgLa cour d'appel de Rennes a échappé de peu à la cessation de paiement. La semaine dernière, Bercy a débloqué une nouvelle enveloppe - la troisième de l'année - d'un peu plus d'un million d'euros pour boucler l'année. Un phénomène récurrent. Et inquiétant.

Il y a encore une semaine, nous n'avions pas de quoi payer les salaires de décembre». MichelCouailler, premier président de la cour d'appel de Rennes, n'est pas un adepte de la langue de bois. Oui, comme partout en France, les tribunaux bretons ont du mal à boucler les fins de mois, et notamment à payer experts et interprètes dans les temps. «Mais nous n'avons jamais eu à demander de limiter les demandes d'enquêtes. Si cela devait arriver un jour, je ne suis pas sûr de vouloir rester magistrat», poursuit Michel Couailler. À trois reprises cette année, les tribunaux bretons ont manqué d'argent. À trois reprises, la chancellerie a fini par verser une rallonge. Total des crédits alloués aux frais de justice (enquêtes) pour la Bretagne, en 2009: 18,2 MEUR, contre 15,5 MEUR initialement accordés. «Nous en avions demandé 19», précise Michel Couailler.

Légistes: «On est payé moins que le Smic»

Depuis 2006, dans le cadre de la Loi organique relative aux lois de finances (Lolf), et économies obligent, chaque cour d'appel dispose d'un budget désormais limité. «La vérité judiciaire n'a pas de prix, mais un coût qu'on nous demande de diminuer», résume MichelCouailler. Le risque, c'est que de grosses enquêtes fassent exploser le budget. Impossible de prévoir à l'avance combien de crimes et délits vont être commis... Visiblement, les sommes accordées par la Chancellerie ont, dès 2006, été insuffisantes, entraînant le report, d'année en année, d'impayés. À une exception près, les interprètes que nous avons pu contacter ont fait part de retards de plusieurs mois. «C'était déjà comme ça avant 2006», relativise l'un d'eux. La Justice paie en retard. Et souvent mal. Un exemple avec les tarifs concédés à la médecine légale. Ils sont jugés «dissuasifs». En 2002, le Finistère comptait six légistes. Il n'en reste qu'un seul aujourd'hui. «On nous paie moins que le Smic», se fâche un médecin qui vient tout juste de jeter l'éponge. Quelles conséquences pour les enquêtes? L'expert répond par une pirouette. «L'heure du décès n'est plus systématiquement déterminée. Il paraît pourtant que c'est important dans une enquête...» «Toutes les cours d'appel ou presque sont à court d'argent en novembre (*)», relève Jean-Paul Moisan, patron de l'Institut génétique Nantes-Atlantique (Igna), qui réalise désormais la très grande majorité des tests ADN pour les ministères de l'Intérieur et de la Justice. «On me paie en moyenne avec quatre mois de retard, alors que le délai maximum prévu est de 45 jours (*), fulmine Jean-Paul Moisan. Et encore, je dois m'estimer heureux. J'emploie une personne à plein-temps pour s'occuper des relances. Mes confrères experts doivent, eux, attendre six mois!».

Enquêtes: officiellement pas de problème

Quant à l'absence de conséquences sur le déroulement des procédures, le patron de l'Igna reste sceptique. «Je suis sûr que des actes ne sont plus demandés, faute d'argent. Pourquoi est-ce que j'enregistre près de 15% de demandes d'analyses en moins, pour toute la France, sur les deux derniers mois de l'année?». «Nous n'avons jamais demandé aux tribunaux de restreindre leurs prescriptions», se défend pour sa part le premier président de la cour d'appel de Rennes. «C'est plus subtil que ça, assure un magistrat. On sait faire comprendre à un juge d'instruction souhaitant étendre une enquête, dans un dossier de stups ou une affaire financière par exemple, qu'il va enquiquiner tout le monde. Trop long, trop cher et trop lourd à juger...».

  • La France consacre 53EUR par habitant pour sa justice, contre 80,50EUR en Grande-Bretagne, et 102EUR en Allemagne. La Bretagne serait encore moins bien lotie, recevant l'équivalent d'une «quarantaine d'euros par habitant». Pour autant, elle figurerait parmi les bons élèves en matière de gestion et de paiement.

Hervé Chambonnière

Le Télégramme 1er décembre 2009

jeudi 12 novembre 2009

Jour de colère

Debreu.jpgJour de colère parce que nous avons été tenus dans l'ignorance totale de ce qui se tramait au sein du Gouvernement :

A SAVOIR:

- La suppression du Tribunal de Grande Instance de GUINGAMP. - La suppression du Tribunal de Grande Instance de MORLAIX. - La suppression du Tribunal d'Instance de LANNION.

Nous l'aurions su, nous aurions travaillé, tous ensemble, politiques et professionnels, à la création d'un Tribunal de Grande Instance à LANNION.

Et ce n'était pas une utopie.

Plusieurs Magistrats, et non des moindres, nous ont, nous, avocats de LANNION, interpellés en ces termes : "pourquoi n'avez-vous pas proposé qu'un Tribunal de Grande Instance soit installé dans votre palais de Justice de LANNION"?

Et nul ne peut les taxer d'irréalisme.

Jour de colère car il y a quelques années nous avions accueilli la maison de la justice et du droit et qu'elle se révèle l'un des instruments de notre perte.

J'ai apprécié la comparaison faite par une consœur dans le journal le Trégor de cette semaine:

- entre une maison médicale où l'on parlerait du cancer et du sida, sans soigner - et la maison de la justice et du droit où l'on parle de droit mais où on ne juge pas.

Car seul un Tribunal a le pouvoir de juger et ce Tribunal nous l'avons perdu.

Jour de colère devant le mépris de ceux qui nous gouvernent.

- Mépris du petit.

- Mépris du faible.

- Mépris de celui qui pouvait sans avocat tout près de chez lui demander l'aide de la justice pour faire reconnaître ses droits.

- Mépris de celui qui pouvait, sans nulle difficulté, demander l'aide d'un Juge des Tutelles pour protéger un père ou une mère malade ou sénile.

Dès demain, pour défendre sa cause, il lui faudra parcourir 60, 100, 150 kilomètres, une fois, 2 fois, 3 fois alors que l'on sait qu'une affaire ne se résout pas en une seule audience.

Et au nom de quoi ?

Au nom de rien.

Si encore tous les tribunaux d'instance similaires au nôtre avaient été supprimés.

Mais non, certains de bien moindre importance que le nôtre subsistent.

Comment expliquer cette révoltante différence de traitement, sinon par des raisons bassement politiciennes.

Pour paraphraser Shakespeare : Il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

Jour de colère parce que notre Tribunal est supprimé alors que notre recours contre le décret scélérat n'a toujours pas été examiné par le Conseil d'Etat.

Colère car à chaque fois que nous avons demandé une entrevue avec la Ministre de la Justice pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être, nous avons été éconduits.

Jour de colère et jour de deuil.

L'on juge à LANNION depuis plus de 600 ans.

L'on juge à LANNION dans le Palais de justice où nous sommes depuis 154 ans.

A compter du 10 novembre 2009, ce sera fini.

On veut nous faire croire que ce sera un progrès.

En réponse,

Je citerai Ernest RENAN qui disait : "les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont un profond respect du passé".

Discours de Me Brigitte DEBREU-MILON, doyenne des avocats de Lannion, lors de la dernière audience du tribunal d'instance le 10 novembre 2009.

mercredi 11 novembre 2009

Dernière audience avant fermeture

Manif_10_nov_4.jpgLe tribunal d'instance de Lannion fermera ses portes en janvier prochain. Il tenait ce mardi sa dernière audience.

Des élus et des magistrats ont protesté ce mardi devant le tribunal de Lannion Ils craignent un véritable désert judiciaire après la fermeture de plusieurs tribunaux dans la région suite à la réforme de la carte de judiciaire.

Suite à la réforme de la carte judicaire élaborée en 2007, 10 tribunaux d'instance auront définitivement fermé leurs portes dans notre région en janvier prochain. Dans certains cas, ils seront remplacés par des maisons de la justice et du droit. Puis ce sera le tour des tribunaux de grande instance qui deviendront alors tribunaux d'instance à Dinan, Morlaix et Guingamp.

France 3 - 10 novembre 2009
Lien vers la vidéo sur le site de France 3 ouest, dans la colonne de droite: cliquez sur l'image.
TI_supprimes.jpg

Lannion. Le tribunal d'instance a fermé ses portes

Manif_10_nov_3.jpgHier, se déroulait l'ultime jour d'audience au tribunal de Lannion. En signe de colère et de protestation, élus locaux, avocats et citoyens se sont mobilisés sur le perron du palais de justice. Seul un mince espoir subsiste.

Le rideau est tombé. Après 600 ans de bons et loyaux services, les effets de manche à Lannion, c'est fini. Le gouvernement, dans le cadre de la réforme de la carte judiciaire, a décidé la suppression pure et simple du tribunal d'instance trégorrois. La sentence ne date pas d'hier, et la protestation qui en découle non plus. Toutefois, de manière symbolique, élus locaux, avocats du barreau Guingamp-Lannion, et simples citoyens se sont retrouvés sur le perron du palais de justice, hier, à 9h sonnantes. Juste avant l'ouverture de l'ultime audience.

Un recours comme seul espoir

«Aujourd'hui est un jour de colère, tonne, d'emblée, Brigitte Debreu-Milon, doyenne des avocats du barreau. Colère de ne pas avoir été informés de la suppression du tribunal d'instance lorsqu'il était encore temps de le défendre. Colère face au mépris des autorités pour ceux qui pouvaient s'en remettre à la justice de proximité pour régler un conflit, ou demander l'aide du juge des tutelles. Et colère de voir se maintenir en France, d'autres tribunaux de moindre importance». Tour à tour, Christian Marquet, maire de Lannion, et Corinne Erhel, députée de la circonscription, ont exprimé leur «indignation contre cette décision injuste». Désormais, pour solliciter l'organe judiciaire, les Trégorrois devront se déplacer à Saint-Brieuc ou Brest. «Il s'agit d'un non-sens en matière de politique judiciaire et en matière d'aménagement du territoire, insiste la députée. Le seul espoir qu'il nous reste, c'est le recours auprès du Conseil d'État que nous avons envoyé en décembre2008. Or, à ce jour, il n'a toujours pas été examiné. C'est pourquoi nous demandons ce jour, par courrier, un moratoire à la garde des Sceaux. L'espoir est mince, mais il existe». Dans un courrier daté du 5novembre dernier, le vice-président du Conseil d'État assure que la requête sera «étudiée entre janvier et mars2010». D'ici là, le palais de justice de Lannion aura été entièrement vidé.

Benoît Tréhorel

Le Télégramme 11 novembre 2009

mardi 10 novembre 2009

Lannion : les élus manifestent au tribunal

Manif_10_nov_2.jpgPlusieurs dizaines d’élus ont investi, ce mardi matin, le tribunal d’instance de Lannion pour protester contre sa fermeture prévue pour janvier prochain dans le cadre de la nouvelle carte judiciaire. Avant de pénétrer dans la salle d’audience où se tient la dernière audience du tribunal avant le déménagement, Corinne Erhel, députée et vice-présidente de l’association « Justice en Trégor-Argoat » a tenu à rappeler la détermination des élus et de la population à s’opposer à cette fermeture. L’association a notamment déposé un recours en annulation devant le Conseil d’Etat et elle estime qu’un « moratoire » sur les fermetures doit être pris par les pouvoirs publics tant que le Conseil d’Etat n’a pas statué. Pour elle « la suppression des tribunaux de Morlaix, Lannion et bientôt Guingamp va engendrer un véritable désert judiciaire entre Brest et Saint-Brieuc, c’est inadmissible ». Ce mouvement traduit aussi la volonté des élus de défendre plus généralement une répartition équitable des services publics.

Ouest-France 10 novembre 2009

Lannion. Un grand " Non " à la fermeture du tribunal

Manifestation_10_novembre.jpgLa colère ne retombe pas à Lannion. Ce matin, à l'occasion de la dernière audience, élus et avocats du barreau de Lannion-Guingamp ont mené une action contre la fermeture du tribunal d'instance. Tous ont exprimé leur "colère" face à une décision qu'ils jugent "incompréhensible".

Encore un mince espoir Un mince espoir subsiste tout de même pour les membres du comité de défense du tribunal. Un recours est actuellement à l'étude au Conseil d'Etat.

Le Télégramme 10 novembre 2009

Le coût immobilier pointé du doigt

argent.jpgLa mise à disposition de nouveaux locaux pour le regroupement de tribunaux s'élève à 387,5 millions, selon un rapport parlementaire.

Quel est le coût de la réforme de la carte judiciaire ? La question pourrait faire partie du « Jeu des 1.000 francs », tant la réponse est incertaine. Alors qu'en 2007, Rachida Dati faisait état d'une fourchette comprise entre 700 et 800 millions d'euros, la chancellerie avançait en 2008 quelque 500 millions. « Nous affinons nos prévisions par rapport à la réalité du terrain », précise-t-on au ministère. Les postes de dépenses sont divers : outre l'indemnisation des avocats - 500 d'entre eux recevront 10.000 euros d'indemnités du fait de la suppression de leur tribunal, et certains pourront espérer davantage après examen de leur dossier en commission -, l'accompagement social des fonctionnaires - aide à la mobilité, indemnités… - mobilise quelque 10 millions d'euros au budget 2010. Mais c'est surtout l'immobilier qui entraîne de gros efforts financiers. La réforme de la carte judiciaire implique ainsi 385,7 millions d'euros - sur dix ans - d'acquisitions et de locations. « Un budget très important, alors même que nous n'avons pas de garanties sur les économies générées par la réforme », selon le député UMP Yves Deniaud, auteur d'un rapport sur l'immobilier de l'Etat. 33 millions d'euros à Bourg-en Bresse, 10 millions à Saint-Brieuc, 26 millions à Béziers, 20 millions à Lisieux… Pour le ministère, cet effort budgétaire doit permettre de moderniser les tribunaux de justice et de dégager à terme des économies d'échelle substantielles. « Cette rénovation a pour but d'améliorer les conditions dans lesquelles est rendue la justice », rappelle Michèle Alliot-Marie dans une lettre envoyée hier au député, dont « Les Echos » ont eu connaissance.

Contraint de louer

L'utilisation de ces fonds pose néanmoins question. Sur les 178 tribunaux d'instance supprimés par la réforme, seuls une vingtaine, selon le rapporteur, étaient de la propriété de l'Etat, les autres appartenant aux conseils généraux ou aux communes, qui les logeaient gracieusement*. Résultat : « Nombre de juridictions se trouvent contraintes de louer des nouveaux locaux ou de faire des acquisitions immobilières pour loger leurs nouveaux arrivants. C'est un surcoût énorme »,explique Yves Deniaud. C'est le cas à Epinal, mais aussi à Grenoble, dont le service administratif régional a dû louer des locaux en ville à la suite de l'intégration des tribunaux de Saint-Marcellin et de Namur. De même, le tribunal d'instance de Lorient, qui accueillera ceux d'Auray et de Pontivy, va déménager provisoirement dans des locaux d'un centre d'affaires, loués pour 200.000 euros par an.Certains choix sont particulièrement montrés du doigt, comme la fermeture du tribunal de Rochefort, qui doit intégrer celui de La Rochelle. Installé dans la vieille ville, ce dernier ne pouvait accueillir les nouveaux services. De quoi décider de la construction d'une nouvelle cité judiciaire à l'extérieur de la ville, pour 25 millions d'euros. « Aucune décision n'a encore été prise », précise toutefois Michèle Alliot-Marie.

M.A., Les Echos - 10 novembre 2009

  • Note: Comme à LANNION où les locaux du Tribunal d'instance sont la propriété du Conseil général des Côtes d'Armor.

La réforme de la carte judiciaire se heurte à d'importantes difficultés

martine.velo.jpgAlors que 178 tribunaux d'instance seront fermés au 1er janvier prochain, les juridictions d'accueil doivent à la fois gérer l'arrivée des magistrats et des fonctionnaires et l'afflux de nouveaux contentieux.

Le mouvement s'accélère. Château-Chinon, Cosne-Cours-sur-Loire, Castelnaudary, Langres, Espalion : ces dernières semaines, pas moins de cinq tribunaux d'instance ont définitivement fermé leurs portes. D'ici au 1er janvier prochain, 178 tribunaux d'instances auront cesser d'exister. Conséquence directe de la réforme de la carte judiciaire, ces fermetures seront suivies par celles de 21 tribunaux de grande instance - deux ont d'ores et déjà fermés -, et 55 tribunaux de commerce. Chacun s'organise, non sans mal…

Dès l'annonce de la réforme, en 2008, différents mouvements de magistrats et avocats avaient éclaté partout en France, pour dénoncer notamment l'absence de concertation de la ministre de la Justice de l'époque, Rachida Dati. A l'heure de la mise en pratique, les critiques sont les mêmes. « Nous n'avons eu aucun contact avec la chancellerie, nous devons tout mener nous-mêmes », déplore Dominique Rolin, présidente du tribunal de grande instance (TGI) de Bourg-en-Bresse, qui a absorbé de manière anticipé celui de Belley, le 1er octobre dernier. Le tribunal a ainsi dû réaménager en hâte certains de ses locaux, pour accueillir les nouveaux greffiers. Gestion des déménagements, achats ou location de nouveaux bâtiments pour intégrer les nouveaux venus… Les tribunaux doivent gérer de multiples contraintes, d'où un coût financier parfois élevé.

Manque de moyens

Le manque de moyens est également pointés du doigt. Si les dossiers traités par les tribunaux supprimés sont automatiquement transférés vers leurs juridictions d'accueil, il n'en est pas de même des effectifs : les magistrats, greffiers ou personnels administratifs, peuvent en effet choisir librement leur nouvelle affectation. Alors que le TGI de Belley regroupait trois magistrats et deux membres du parquet, le tribunal de Bourg-en-Bresse n'en a récupéré aucun. « Ils ont choisi de retrouver d'autres juridictions, notamment à Chambéry. Nous restons donc sur un effectif inchangé pour traiter le travail de deux tribunaux. Rien qu'au civil cela représente 30 % d'affaires en plus ! », relève Dominique Rolin. Même retour au tribunal d'instance de Béziers, qui n'a pu reprendre aucun fonctionnaire parmi les trois qui travaillaient à Saint-Pons.

Autre inquiétude : alors que les tribunaux d'instance traitaient avant tout des petits dossiers, certaines voix syndicales craignent que la réforme ne se fasse au détriment des couches sociales les plus défavorisées, contraintes à allonger leur déplacement pour se rendre au tribunal. C'est le cas à Lannion, dont le tribunal tient demain sa dernière audience, et où une manifestation d'élus et de magistrats doit se tenir à cette occasion. « Entre Saint-Brieuc et Brest, on a désormais un désert juridique, avec la fermeture de plusieurs tribunaux », prévient Christian Marquet, maire de Lannion.Autant de réclamations dont la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, qui a hérité du dossier, assure tenir compte. « Dans un certain nombre d'endroits, il peut y avoir des difficultés », a-t-elle reconnu vendredi dernier devant les magistrats de l'USM, principale organisation de la profession. La ministre a ainsi missionné son secrétaire d'Etat, Jean-Marie Bockel, pour se rendre sur le terrain d'ici à la fin de l'année. Tout en avertissant qu'il n'était « pas question de remettre en cause les décisions déjà prises » .

MAXIME AMIOT, Les Echos - 10 novembre 2009

vendredi 6 novembre 2009

Nouveau calendrier de procédure

calendrier.jpgDepuis le dépôt de nos recours, différents calendriers de procédure nous ont été fournis mais n'ont jamais été respectés.
Le Vice-Président du Conseil d'Etat indique aujourd'hui que l'audiencement des dossiers aura lieu fin janvier -début février 2010 et que l'arrêt pourrait être rendu début mars 2010.
Nous verrons ce qu'il en sera cette fois.

Trop « chère » justice

trop_cher.jpgAujourd'hui à l'Assemblée nationale, le député UMP Yves Deniaud présentera un rapport soulignant, entre autres, quelques arbitrages ministériels ayant conduit à des dépenses parfois colossales et qui auraient pu être évitées, ou en tout cas réduites.

Dans le registre des couacs, la réforme de la carte judiciaire figure en bonne place, notamment à propos des rapprochements de tribunaux comme ceux de La Rochelle et Rochefort.

25 millions d'euros

Rappelons-le, la fermeture du tribunal de grande instance de Rochefort, prévue au 1er janvier 2011 entraîne l'obligation de construire un nouveau palais de justice à La Rochelle.

Ce rapport confirme donc ce que les avocats, en particulier, n'ont cessé de dénoncer, parlant même de gabegie. En effet, le coût du transfert du tribunal de grande instance de Rochefort à La Rochelle va coûter la bagatelle de 25 millions d'euros.

« L'erreur par définition »

« Je suis au courant de ce rapport, Yves Deniaud m'en a parlé, j'ai validé les sommes, commente le député UMP Jean-Louis Léonard, qui lui aussi a plusieurs fois évoqué cette question financière. Je l'ai toujours dit, cette décision, c'est l'erreur par définition. Il faut dépenser 25 millions d'euros pour un fonctionnement qui ne sera pas meilleur, bien au contraire, il sera moins bon et les gens seront obligés de se déplacer. En plus, on ne peut même construire une cité judiciaire unique à La Rochelle, il va y avoir plusieurs petits sites. » Marie-Claude Aristégui

Sud-Ouest 6 novembre 2009

jeudi 5 novembre 2009

Carte judiciaire : la commission des finances dénonce son coût immobilier

PENTAX ImageLa gestion du patrimoine immobilier de la Chancellerie est taclée par les députés de la commission des finances qui rendra public vendredi son rapport. Les parlementaires s'interrogent sur l'apport de l'agence de maîtrise d'ouvrage dans la programmation des travaux pénitentiaires et judiciaires. Surtout face au coût de la réforme de la carte judiciaire.

Un coût bugétaire "très important" Le montant des travaux restant à effectuer concernant la réforme de la carte judiciaire s'élève, selon le rapport d'Yves Deniaud (UMP), à 385,7 millions d'euros sur 10 ans, réparti entre le ministère de la justice et son agence immobilière, l'Agence de maîtrise d'ouvrage des travaux du ministère de la justice (anciennement AMOTMJ, devenue l'APIJ). Mais les députés s'interrogent sur les critères qui ont prévalu "à la distinction entre travaux relevant de la réforme de la carte judiciaire et hors carte judiciaire" (dont le montant est estimé à 1267,7 millions d'euros) car "la tentation pourrait être forte pour l'agence et le ministère de classer dans la catégorie "hors carte judiciaire" des travaux qui pourtant sont la conséquence directe de la réforme". Autre source d'étonnement pour les parlementaires, le chiffrage successif des coûts immobiliers de la réforme. Ainsi, lors de l'examen du projet de loi de finances pour 2009, le montant de 385 millions d'euros sur 5 ans est "exactement équivalent" à celui proposé dans le nouveau projet de loi. Suppression du TGI de Rochefort : incohérent Outre le fait qu'à ces chiffres s'ajoutent les opérations en achèvement garantis en 2008, estimées à 151 millions d'euros (1), le rapporteur du rapport soulève quelques incohérences dans la mise en pratique des travaux. C'est ainsi le cas de la fermeture du tribunal de Rochefort au profit de La Rochelle (lire notre article du 25 septembre). Ce tribunal "avait une activité importante en matière correctionnelle et fonctionnait dans des conditions satisfaisantes. En outre, il avait récemment fait l'objet de travaux d'aménagements lourds". En comparaison, le rapport estime que le tribunal de La Rochelle est installé "dans une vieille ville" et le transfert des activités implique "la construction d'une cité judiciaire à l'extérieur de la ville pour un coût pouvant atteindre les 25 millions d'euros". La Chancellerie aurait pu, selon les députés, "imaginer" un seul TGI sur 2 établissements distants de 24km d'autoroute. Leur conclusion est la même pour le tribunal de Vienne, en Isère.

Actuel Avocat - 5 novembre 2009

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