Les
tribunaux partent. Mais les avocats restent. Pas question de fermer les
cabinets à Lannion et Perros-Guirec, pour déménager vers Saint-Brieuc. Trois
professionnels témoignent.
Gaëlle Le Guyader est avocate à Perros-Guirec. Viviane Querrien et Guillaume Prat ont leur cabinet à Lannion. Tous trois se sont mobilisés contre la fermeture des tribunaux de Lannion et de Guingamp. Un combat aujourd'hui perdu: le tribunal d'instance de Lannion a déjà déménagé vers Guingamp. Et le tribunal de grande instance de Guingamp sera transféré en fin d'année à Saint-Brieuc.
«Notre clientèle est ici»
Mais ne comptez pas sur les avocats pour suivre le mouvement. Eux ne déménageront pas. «Nous allons rester implantés à Lannion et à Perros-Guirec pour permettre un accès au droit pour nos clients», affirme Guillaume Prat. Un choix de conviction mais aussi très pragmatique. «Nous restons des avocats de proximité. Il n'y a pas d'intérêt à déplacer nos cabinets. Notre clientèle est ici», souligne Gaëlle Le Guyader. Concrètement, les avocats vont prendre l'habitude de se déplacer plus souvent et plus loin. «Ce n'est pas nouveau. L'avocat du barreau de Guingamp va plaider à Saint-Brieuc, à Rennes et dans toute la France. Nous avons l'habitude de nous déplacer, pour représenter nos clients», rappelle Guillaume Prat.
Un bureau à Saint-Brieuc
Viviane Querrien a déjà ouvert un bureau secondaire à Saint-Brieuc, pour se rapprocher de la juridiction principale. Ses confrères envisagent d'en faire de même, en achetant ou en louant un local. «Cela crée forcément des frais. Mais on n'a pas trop envie d'en parler. En tout cas, on ne les répercutera pas sur nos clients», affirme Viviane Querrien. Au-delà des aspects pratiques et économiques, ces professionnels du droit craignent surtout une dégradation des conditions d'exercice de la justice.
«Les délais vont s'allonger»
«Les délais de traitement des affaires vont s'allonger, c'est certain, déplore Viviane Querrien. Alors qu'à Lannion, on avait un tribunal très efficace, avec des délais de jugement qui étaient réduits.» Guillaume Prat a déjà fait l'expérience de cet encombrement judiciaire. «Lors de la dernière audience du juge de proximité, qui est désormais à Guingamp, la salle était bondée.» Une situation qui risque de se produire aussi à Saint-Brieuc, en attendant une extension du palais de justice annoncée pour 2013. «La réforme a été faite à la va-vite. C'est seulement maintenant qu'on va se rendre compte des difficultés matérielles», prévient Guillaume Prat. «Il est assez difficile de se projeter. On ne sait pas encore comment sera l'organisation. Est-ce que des audiences seront regroupées par secteur géographique?», s'interroge Viviane Querrien. Des inconnues qui seront désormais le lot quotidien des avocats.
Jean-Luc Le Roux - Le Télégramme 10 mars 2010
Le Département se découvre propriétaire du tribunal
Qui possède le palais de justice ? Le conseil général, qui se (re)découvre propriétaire. Et commence seulement à réfléchir à l'usage à donner à ce bâtiment.
Imaginez que vous vous découvriez propriétaire d'un palais de justice! C'est un peu ce qui arrive à Gaël Gosselin, directeur du service des bâtiments au conseil général. «Nous sommes propriétaires, mais sur le papier. Tous les droits et devoirs avaient été transférés au ministère de la Justice, qui assumait le rôle de propriétaire depuis des dizaines d'années.» Conséquence: le conseil général ne connaît rien ou presque de ce bâtiment.
Tout à apprendre
«Je suis incapable de vous dire quelle est sa surface, ni son état, ni quel a été son entretien», ajoute Gaël Gosselin. Qui espère en savoir plus, le 17mars prochain, date d'une réunion où le ministère de la Justice rendra officiellement les clés du palais au Département. D'ici là, la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), dernier occupant des lieux, aura officiellement déménagé.
De quoi phosphorer
Après, il faudra phosphorer pour trouver une destination à cet édifice. Qui a des atouts: de la surface, une situation en plein centre-ville, la proximité d'un parc public. Mais aussi un inconvénient: une architecture du XIXe siècle, très connotée. «Des idées, il y en aura, prévoit Gaël Gosselin. Le bâtiment pourrait intéresser les collectivités locales, ou pourquoi pas nous intéresser, au conseil général.La réflexion se fera en concertation». Reste à évaluer les coûts de transformation d'une telle bâtisse, pour lui donner un nouvel usage. «Par expérience, on sait qu'une rénovation peut coûter aussi cher qu'une construction neuve», rappelle Gaël Gosselin. Quant à la valeur immobilière du bâtiment, là aussi c'est un point d'interrogation. Le Département a demandé une évaluation. Un régal au palais
Que faire du palais de justice, aujourd'hui orphelin de son tribunal? Ce
grand bâtiment d'architecture napoléonienne, avec ses imposantes colonnes,
n'est pas avare d'espaces et peut se vanter d'une situation privilégiée, en
centre-ville et au bord du Léguer. Alors, plutôt que d'y installer des services
administratifs, pourquoi ne pas imaginer un lieu de distraction: une salle
d'exposition, une guinguette, ou, mieux encore, un restaurant? Il pourrait
s'appeler «Au fin palais» ou «Au palais gourmand». Proposé par des serveurs en
robe noire, le menu serait le suivant: avocats mayonnaise, barre en papillote,
et, pour le dessert, un gâteau aux amendes. À déguster sans modération, en
terrasse, avec vue imprenable sur le stade d'eau vive. Mais on rêve. Pour
l'heure, oubliez le rab' de dessert. La justice à Lannion est au pain sec. Et
dans le désert judiciaire, aucune oasis à l'horizon.

Réforme de la carte
judiciaire : L'APVF prend acte de l'arrêt du Conseil d'Etat mais constate
un nouveau recul de la présence des services publics dans les territoires
préjudiciable à nos concitoyens

« C'est
une décision inique et injuste, lâche Me Brigitte Debreu-Milon, avocate au
barreau de Guingamp, les dents serrées. Alors oui, nous sommes en colère. Mais
pas en deuil. Car nous allons désormais porter le combat sur le front
politique. » Les élus voudraient y croire, mais ils peinent à masquer leur
découragement : « Nous ne manquerons pas d'interpeller la ministre à
l'Assemblée, indiquent la députée Marie-Renée Oget et Yannick Botrel, le
sénateur-maire de Bourbriac. Mais comment la faire plier ? Michelle
Alliot-Marie avait déjà refusé de nous recevoir... »








