Justice en Tregor Argoat

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vendredi 5 février 2010

Conseil d'Etat : annulera, annulera pas la carte judiciaire ?

Point_d_interrogation.jpgAprès l'annulation du Conseil d'Etat d'une partie des suppressions de juridictions prudhomales et commerciales, les requérants ont soulevé à nouveau, mercredi pour les décrets TI et TGI, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du comité technique paritaire. L'argument n'a cependant pas convaincu le rapporteur public.

Composition irrégulière du CTP

C'était ce moyen qui avait emporté la conviction de la Haute juridiction administrative lorsqu'elle a annulé les décrets relatifs aux pôles de l'instruction ( arrêt du 19 décembre 2008, voir notre article du 23 décembre 2008), et les décrets relatifs aux conseils de prud'hommes et aux tribunaux de commerce (arrêts du 8 juillet 2009, voir notre article du 16 juillet 2009). L'irrégularité de la composition du comité technique paritaire (CTP), dont la consultation était obligatoire, avait, alors, été soulevée dans quelques dossiers seulement. L'argument a, depuis, fait mouche. Mercredi, devant devant les 1ère et 6ème sous-sections du contentieux du Conseil d'Etat, la quasi-intégralité des requérants ont repris l'argument pour tenter de faire annuler les décrets relatifs à la suppression des TI et des TGI.

__Légalité externe écartée par le rapporteur public __ Alain Monod, avocat au Conseil d'Etat et initiateur dudit moyen, est intervenu à la barre pour développer à nouveau son argumentation. Le rapporteur public a estimé, quant à lui, que le dernier arrêté de composition du CTP du 22 juillet 2008 était régulier et qu'il ne pouvait être soutenu qu'il était "contaminé" par les arrêtés irréguliers antérieurs. Cependant, selon Alain Monod, "même si les conclusions du rapporteur public sont souvent suivies, elles ne constituent que des propositions soumises aux magistrats et il n'est pas acquis que ce vice de procédure ne sera pas retenu par le Conseil d'Etat". D'ailleurs, précise l'avocat, lors des précédentes affaires, le rapporteur public avait soulevé les mêmes arguments. "Le Conseil d'Etat ne serait pas cohérent s'il n'annulait pas aussi ces décrets", a-t-il estimé.

Appréciation locale : les tribunaux qui doivent rester

Sur le fond, et en tenant compte des critères géographiques locaux, le rapporteur public a toutefois proposé le maintien des TGI de Moulins et de Saint-Gaudens, dont la suppression résulte, selon lui, d'une erreur manifeste d'appréciation. Il a également émis des doutes sur la légalité de la suppression des TGI de Saumur, Dôle, Millau, Bellay et Guingamp (et de Tulle) et de trois TI. Le délibéré devrait intervenir d'ici une quinzaine de jours. Dans l'intervalle, les avocats ont annoncé qu'ils transmettraient des notes en délibéré à la juridiction, notamment sur la régularité de la composition du CTP, le représentant du ministère de la justice ayant produit des pièces lors de l'audience.

Anne Portmann - Actuel Avocat 5 février 2010

jeudi 4 février 2010

Le tribunal de Guingamp restera ?

touche_pas.jpgIl a plaidé la cause du tribunal de Guingamp. Aujourd'hui, le rapporteur public qui étudie les recours déposés devant le Conseil d'état contre les fermetures de tribunaux a contesté la suppression de celui de Guingamp, rayé de la carte judiciaire par Rachida Dati. D'ici trois semaines, le Conseil d'état rendra sa décision et tranchera sur l'avenir du tribunal guingampais, qui est censé fermer le 31 décembre.

Ouest-France - 3 février 2010

Carte judiciaire: le Conseil d'État parle

Tribunal_Guingamp.jpgLe Conseil d'Etat a examiné aujourd'hui 115 requêtes contre la réforme de la carte judiciaire, déposées par des dizaines de communes et associations qui, au nom de la justice de proximité, protestent contre la disparition de leurs tribunaux.

Sur l'ensemble des fermetures de tribunaux d'instance (TI) et de grande instance (TGI) contestées, le rapporteur public a relevé des "erreurs manifestes d'appréciation", devant, selon lui, conduire le Conseil d'Etat à annuler les suppressions de ceux de Moulins (Allier) et Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

Il a également émis des doutes quant à l'opportunité de maintenir les fermetures des tribunaux d'instance de Barcelonnette (Hautes-Alpes), Charolles (Saône-et-Loire) et Briançon (Hautes-Alpes), ainsi que des TGI de Saumur (Maine-et-Loire), Dôle (Jura), Tulle (Corrèze), Belley (Ain), Millau (Aveyron) et Guingamp (Côtes d'Armor).

Pour le reste, le rapporteur public n'a pas relevé de motif de droit susceptible d'entraîner l'annulation plus large du décret du 30 octobre 2008 ayant modifié "le siège et le ressort" des tribunaux d'instance (TI), greffes détachés, juridictions de proximité et tribunaux de grande instance (TGI).

Commencée en 2008 et devant s'étaler jusqu'en 2011, la réforme de la carte judiciaire a pour objectif, selon le gouvernement, d'améliorer l'efficacité de la justice en créant des juridictions d'une taille et d'une activité suffisantes.

Le Figaro - 3 février 2010

Recours contre la carte judiciaire. Le TGI de Guingamp remis en selle ?

Tribunal_Guingamp_2.jpgLe Conseil d'Etat s'est penché sur des recours formés contre la réforme de la carte judiciaire, laquelle avait abouti à la suppression de plusieurs tribunaux en Bretagne. Cet après-midi, le rapporteur public, chargé de "dire le droit", a émis des doutes sur la suppression de plusieurs TGI dont celui de Guingamp (22). Le Conseil d'Etat a mis son jugement en délibéré.

Le Conseil d'Etat a examiné aujourd'hui 115 requêtes contre la réforme de la carte judiciaire, déposées par des dizaines de communes et associations qui, au nom de la justice de proximité, protestent contre la disparition de leurs tribunaux.

Des doutes sur le maintien de la suppression de plusieurs TGI

Sur l'ensemble des fermetures de tribunaux d'instance (TI) et de grande instance (TGI) contestées, le rapporteur public (ndlr: qui dit le droit) a relevé des "erreurs manifestes d'appréciation", devant, selon lui, conduire le Conseil d'Etat à annuler les suppressions de ceux de Moulins (Allier) et Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

Il a également émis des doutes quant à l'opportunité de maintenir les fermetures des tribunaux d'instance de Barcelonnette (Hautes-Alpes), Charolles (Saône-et-Loire) et Briançon (Hautes-Alpes), ainsi que des TGI de Saumur (Maine-et-Loire), Dôle (Jura), Tulle (Corrèze), Belley (Ain), Millau (Aveyron) et Guingamp (Côtes-d'Armor).

Pas d'annulation globale de la réforme en vue

Pour le reste, le rapporteur public n'a pas relevé de motif de droit susceptible d'entraîner l'annulation plus large du décret du 30 octobre 2008 ayant modifié "le siège et le ressort" des tribunaux d'instance (TI), greffes détachés, juridictions de proximité et tribunaux de grande instance (TGI).

Commencée en 2008 et devant s'étaler jusqu'en 2011, la réforme de la carte judiciaire a pour objectif, selon le gouvernement, d'améliorer l'efficacité de la justice en créant des juridictions d'une taille et d'une activité suffisantes. En 2008 ont été supprimés une trentaine de greffes détachés de tribunaux d'instance et une soixantaine de conseils de prud'hommes, ainsi que 55 tribunaux de commerce (sur un total de 239). Six ont été créés début 2009. La réforme prévoyait en janvier 2010 la fermeture de 178 tribunaux d'instance (sur 473), dont 27 ont été fermés par anticipation courant 2009.

Mis en délibéré, mais sans fixer de date

En janvier 2011, le programme du gouvernement prévoit la fermeture de 23 tribunaux de grande instance (sur un total de 181). Au moins deux ont déjà fermé par anticipation. L'audience publique devant le Conseil d'Etat, entamée à 14 h, s'est achevée à 17 h 30. Le Conseil a mis sa décision en délibéré, à une date non précisée.

Le Télégramme - 3 février 2010

mardi 2 février 2010

La carte judiciaire devant le Conseil d'Etat

Conseil_d_etat.jpgAprès le vent de fronde initiale, la contestation contre la réforme de la carte judiciaire, plutôt timide ces derniers mois, revient par la case juridique. Mercredi, le Conseil d'Etat examine les recours déposés par 115 communes, barreaux, associations et syndicats contre la vague de suppression de tribunaux engagée depuis 2008.

Cette audience a lieu alors que le processus est déjà largement engagé: au 1er janvier dernier par exemple, 178 tribunaux d'instance ont fermé leurs portes. «Malheureusement le Conseil d'Etat a été un peu lent dans cette affaire. Nous avons été mis devant le fait accompli», déplore Me Alain Monod, qui portera la parole d'une cinquantaine de communes. Les fermetures programmées de 23 tribunaux de grande instance (TGI) au 1er janvier prochain figureront également au programme des débats.

Les requérants entendent ferrailler dans deux directions. «Nous comptons souligner un problème de vice de procédure mais également aborder des questions de fond, explique Me Jean Barthélémy qui représentera les intérêts d'une vingtaine de barreaux. L'éloignement des tribunaux pose des problèmes pour les justiciables comme pour les avocats. Cela remet en cause le principe de l'égalité devant la justice ou de l'accès au juge», relève l'avocat qui promet de produire à l'audience des cartes ou des photos de routes enneigées.

Maire de Marmande, dont le TGI est promis à la disparition, mais également vice-président de l'association des petites villes de France, partie prenante de la procédure, Gérard Gouzes ne décolère pas contre cette réforme. «La suppression du tribunal de commerce a déjà fait des dégâts et celle du TGI va obliger les habitants à faire plusieurs dizaines de kilomètres pour aller règler leurs affaires», s'agace l'élu qui stigmatise par ailleurs une initiative qui, dans sa commune, n'a permis de faire «aucune économie».

Même si le Conseil d'Etat a déjà obligé le gouvernement à revoir sa copie par le passé, cette nouvelle fronde semble plus délicate à mener. En effet, il semble que le rapporteur public du Conseil Etat, dont les avis sont généralement suivis, ne soit pas enclin à défendre la position des plaignants.

Timothée Boutry - Le Parisien 2 février 2010

jeudi 28 janvier 2010

La date de l'audience enfin fixée

calendrier.jpgAprès près de deux ans d'attente, les recours de l'association JUSTICE EN TREGOR-ARGOAT seront enfin examinés par le Conseil d'Etat, lors de l'audience du 3 février prochain à 14 heures.

La date de délibéré nous sera communiquée en fin d'audience par notre avocat, Me MONOD.

L'Association souhaite que cette longue procédure permette la réouverture du Tribunal d'instance de LANNION et le maintien du Tribunal de Grande Instance de GUINGAMP, dont les suppressions ont été décidées sans aucune concertation, sans respect des règles de droit et sans justification factuelle.

jeudi 21 janvier 2010

Carte judiciaire: l'avis d'Eolas

soulevnul.pngL'avis d'Eolas, avocat et blogueur, sur la réforme de la carte judiciaire:

''178 tribunaux ont fermé en même temps que nous changions d'année, pensez-vous que l'on ait confondu les notions de "réforme" et de "massacre à la tronçonneuse" ?

Non. Ce serait faire injure à Massacre à la Tronçonneuse qui a une cohérence interne. La réforme de la carte judiciaire a été un effroyable gâchis. Cette réforme, tout le monde la demandait. La carte antérieure, dessinée en 1958 était effectivement obsolète. La population française a bougé, il est normal que les tribunaux la suivent. Mais il s'est vite avéré que la réforme, qui avait été déjà décidée au moment où on lançait une parodie de concertation ne visait qu'à fermer des tribunaux d'instance, ceux de la justice de proximité, qui juge les petites affaires civiles, les crédits à la consommation, gèrent les tutelles et la nationalité. Avec pour couronner le tout la Chancellerie qui affirme comme un leitmotiv (Ah, les fameux "éléments de langage"...) que la proximité ne veut pas dire avoir un tribunal près de chez soi. Ben si, c'est exactement ça. De 1958 la population française a augmenté de 40%. Et pour tenir compte de cette évolution, on diminue le nombre de ces tribunaux de 40%. Cherchez la logique.''

Lire l'interview complète ici.

vendredi 15 janvier 2010

Le déménagement du tribunal de Lannion est achevé

Demenagement_TI.jpgCette fois, c’est fini, le tribunal est vide. Les archives qui n’avaient pas encore été déménagées du palais de justice ont en effet été chargées, aujourd’hui pendant une bonne partie de la journée, dans des camions. Les documents présentant un intérêt particulier ou une valeur historique devaient être transportés vers les archives départementales à Saint-Brieuc, ceux dont la conservation est obligatoire vers le tribunal d’instance de Guingamp où a été transféré, le 1er janvier dernier, le tribunal lannionnais, le reste devrait être détruit. L’équivalent de 150 m linéaires d’archives ont ainsi été mises dans les camions, soit un volume de près de cent mètres cube. Quant au mobilier, le service des Domaines devrait le mettre en vente aux enchères dans les mois qui viennent. Les clés du bâtiment seront remises prochainement aux services du conseil général, propriétaire des lieux.

Ouest-France - 14 janvier 2010

jeudi 14 janvier 2010

Lannion - Le tribunal en cours de déménagement

Le tribunal d'instance de Lannion (22), fermé depuis le 31 décembre en vertu de la nouvelle carte judiciaire, est en cours de déménagement.

Depuis le début de la journée, une équipe de déménageurs vide le palais de justice de ses meubles et de ses dossiers, qui seront pour l'essentiel transférés au tribunal d'instance de Guingamp.

Les cinq fonctionnaires du tribunal vont aussi rejoindre Guingamp, où il faudra reclasser notamment 1.800 dossiers de tutelle.

Le Télégramme 14 janvier 2010

mercredi 13 janvier 2010

La dernière audience de rentrée du tribunal boudée par élus et avocats

Dans un an, le tribunal de grande instance de Guingamp aura définitivement fermé ses portes. Cet après-midi, les magistrats ont donc ouvert l'ultime audience de rentrée du tribunal. Une cérémonie au cours de laquelle les élus ont brillé par leur absence. A l'instar des avocats qui, eux, ont justifié leur décision : « On ne peut assister sereinement à une telle cérémonie alors que la disparition du tribunal est programmée par le gouvernement pour la fin 2010, indique le bâtonnier. Or nous sommes en janvier et le Conseil d'Etat n'a toujours pas statué sur le recours formé contre cette suppression ».

Ouest-France 13 janvier 2010

samedi 2 janvier 2010

Sous-préfecture. Fougères chipe Vitré à Rennes

00489944_000007Les députés de Vitré et de Fougères, en Ille-et-Vilaine, ont réussi un joli coup. Ils ont obtenu de l'État le rattachement de Vitré à l'arrondissement de Fougères au 1erjanvier. À la clé, la réouverture programmée de tribunaux qui viennent de fermer.

Il fallait s'appeler Pierre Méhaignerie pour faire la nique aux coupes sombres de la carte judiciaire de MmeDati. Le «menhir» de Vitré, ancien ministre, leader de l'aile centriste de l'UMP, a réussi un joli coup avec la complicité de Thierry Benoît, son jeune collègue parlementaire de Fougères (lui aussi centriste, ex-bayrouiste et, aujourd'hui, proche de la majorité présidentielle).

Le plus petit arrondissement breton

Nul doute que l'entregent de l'un et l'habileté naissante de l'autre ont pesé lourd dans une décision gouvernementale à contre-courant du vent de réforme qui souffle sur l'administration. Il est, paraît-il, dans l'air du temps de réduire la toile sous-préfectorale. Aussi pouvait-on penser que le sous-préfet de Fougères, à la tête du plus petit arrondissement parmi les quinze que compte la Bretagne, avait toutes les chances d'être sacrifié en priorité sur l'autel de la révision des politiques publiques. Eh bien non! Au lieu de voir ses six cantons et ses 80.000 administrés avalés par un puissant arrondissement voisin (Rennes ou Saint-Malo), voilà qu'il joue les ogres et double de volume en annexant l'ancien arrondissement de Vitré. Ce dernier, supprimé en 1926 et rattaché alors à celui de Rennes, vient d'être arraché au puissant tropisme métropolitain. L'énorme arrondissement rennais (622.000habitants, 31 cantons) perd ainsi six cantons et 90.000 administrés au bénéfice de celui de Fougères, qui devient désormais une sous-préfecture de belle taille, et laisse à Châteaulin la place de dernier breton.

Une «présence juridictionnelle»

Sauver une petite entité administrative et démembrer le gigantisme métropolitain, voilà déjà qui ne va pas dans le sens du poil des aménageurs d'espace. Mais en plus, MAM, la garde des Sceaux elle-même, l'a annoncé: le préfet Cadot a le feu vert pour procéder à la «réinstallation d'une présence juridictionnelle dans le nouvel arrondissement avant fin 2010». Est-ce à dire qu'à peine fermés, les tribunaux d'instance vont rouvrir à Vitré comme à Fougères? Sans doute pas: si l'un d'entre eux renaît de ses cendres, ce ne sera pas si mal. Le conseil de prud'hommes de Fougères pourrait bien, lui aussi, ressusciter. Mais, comme le précise la ministre, tout cela devra se faire «dans le respect des économies d'emploi résultant de la révision générale des politiques publiques». Bref, il va falloir rhabiller Paul, en allant récupérer à Rennes quelques postes vitréens et fougerais.

Alain Le Bloas - Le Télégramme 2 janvier 2010

jeudi 31 décembre 2009

Un tribunal d'instance sur quatre rayé de la carte judiciaire

avocat_flou.jpgUn vaste remaniement de la carte judiciaire voit le jour en ce début d'année 2010. Le 31 décembre, 178 tribunaux d'instance sur 473, compétents pour les litiges de voisinage, les affaires de surendettement ou de tutelles, ferment leurs portes. C'est une nouvelle étape de la réforme de la carte judiciaire : fin 2010, 21 tribunaux de grande instance disparaîtront également après ceux de Millau et de Belley, qui ont fermé en octobre.

Cette refonte de la carte judiciaire, une première depuis 1958, se fait dans une relative discrétion, après le tohu-bohu politique provoqué par son annonce et sa gestion, menée tambour battant par l'ancienne garde des sceaux, Rachida Dati. La réforme a fait couler beaucoup d'encre. Sa mise en oeuvre et les incertitudes financières et juridiques la concernant laissent un goût amer à une partie du personnel judiciaire et suscitent de nombreuses questions.

La justice de proximité touchée. Ce sont les tribunaux d'instance qui constituent le coeur de la réforme de la carte judiciaire. Leur suppression est moins sensible politiquement que celle des cours d'appel ou des tribunaux de grande instance installés dans les grandes villes et qui profitent du relais d'élus locaux au poids plus important. Après avoir combattu le principe de la suppression de certains tribunaux d'instance, l'Association nationale des juges d'instance (ANJI) s'inquiète aujourd'hui des effectifs. "On se bat pour que les tribunaux qui restent puissent fonctionner", explique Muriel Robert-Nicoud, coprésidente de l'ANJI.

Depuis l'annonce de la fermeture de leurs tribunaux, de nombreux magistrats et fonctionnaires ont demandé leur mutation ou pris leur retraite. "Les juridictions (qui regroupent les dossiers des tribunaux supprimés) reçoivent des cartons et des dossiers, éventuellement un magistrat, mais pas de greffier. Cela va entraîner des retards importants pour les justiciables", s'inquiète Mme Robert-Nicoud.

Il y avait 887 juges d'instance avant la réforme, il y en aura 860 après. Le nombre de greffiers passe, lui, de 4 102 à 3 897. Une diminution qui s'explique, selon le porte-parole de la chancellerie, Guillaume Didier, par une "meilleure rationalisation du travail dans des juridictions plus importantes". "Certaines juridictions sont en sous-effectifs, d'autres en sureffectif. Il faudra encore quelques mois pour lisser les situations", explique-t-il.

Cette baisse des effectifs n'est pas sans effet sur les justiciables. "En raison de l'absence de greffiers, je suis obligée de supprimer les trois quarts des audiences pénales du tribunal de police car nous n'avons pas assez de personnels de greffes", explique Dominique Barthe-Bougenaux, vice-présidente du tribunal d'instance de Grenoble qui absorbe ceux de La Mure et Saint-Marcellin.

Risques d'embouteillages pour les tutelles. La suppression des tribunaux d'instance intervient un an après l'entrée en vigueur de la réforme des tutelles de mars 2007. Elle oblige les juges d'instance à réviser, d'ici à 2014, l'ensemble des dossiers de tutelle, soit 800 000 mesures : 29 juges supplémentaires ont été créés pour ce surcroît de travail. C'est peu ou prou le nombre de magistrats supprimés dans le cadre de la carte judiciaire.

La suppression de 178 tribunaux d'instance devrait compliquer le travail des juges. "Nous devons voir les personnes sous tutelle avant de nous prononcer sur le bien-fondé d'une mesure. Cela nous oblige à nous déplacer avec une greffière dans les maisons de retraite, éloignées du tribunal de rattachement, explique Stéphanie Kass-Danno, coprésidente de l'ANJI. Nous allons avoir d'énormes difficultés à gérer nos stocks. Nous avons alerté la chancellerie."

Un coût à géométrie variable. Combien coûtera la réforme de la carte judiciaire ? Les annonces de la chancellerie ont été à géométrie variable et régulièrement revues à la baisse. Des documents de travail du ministère de la justice avaient chiffré un coût de plus de 1 milliard d'euros. Mme Dati a évoqué successivement 800 millions d'euros pour le volet immobilier, puis 500 millions d'euros.

Le coût de la réforme de la carte judiciaire est aujourd'hui évalué par le ministère à 427 millions d'euros sur cinq ans, dont 385 millions pour l'immobilier. Ce chiffre laisse sceptiques de nombreux parlementaires. Yves Deniaud (UMP) remarque que ce coût s'ajoute aux 1,2 milliard d'euros programmés pour d'autres travaux : "La tentation pourrait être forte pour le ministère de classer dans la catégorie "hors carte judiciaire" des travaux qui, pourtant, sont la conséquence directe de la réforme, afin d'en minorer le montant global tel qu'il est présenté au Parlement."

Les lenteurs du Conseil d'Etat. Le Conseil d'Etat doit examiner, le 3 février, les centaines de recours sur la carte judiciaire plus de deux ans après leur dépôt. Les premiers décrets sur la carte judiciaire n'étaient pas légaux, car la composition des commissions mixtes paritaires les ayant examinés n'était pas valide. Un comble pour le ministère du droit ! La chancellerie a publié de nouveaux décrets, ce qui a entraîné de nouveaux recours. Mais la lenteur du Conseil d'Etat inquiète les syndicats. Que se passera-t-il si la juridiction administrative invalide la suppression d'un tribunal déjà fermé ?

Alain Salles - Le Monde 31 décembre 2009

Tribunal. Six siècles vous contemplent

CPA_Tribunal.jpgDu haut de ce tribunal, six siècles de justice vous contemplent. La fermeture du tribunal d'instance, en cette fin 2009, marquera la fin de plus de 600 ans d'histoire judiciaire à Lannion.

Depuis 1392. Les documents historiques mentionnent l'existence d'une sénéchaussée royale, à Lannion, dès 1392. Pour faire court, la sénéchaussée est le nom du tribunal de première instance, sous l'Ancien Régime. Partir, revenir. Au cours de l'histoire, le tribunal de Lannion a déjà disparu plusieurs fois. Mais c'était pour mieux renaître. Ainsi, en 1564 ou 1565, la juridiction royale quitte Lannion pour Tréguier, probablement pour «quelque acte d'opposition», suppose l'historien Adolphe Nepvou de Carfort. Mais elle y revient en 1576, «en raison de conflits de concurrence entre les magistrats royaux et ceux de l'évêché-comté», notent Pierre de LaHaye et Yves Briand, dans leur «Histoire de Lannion». Toutefois, elle gardera le nom de «juridiction royale de Tréguier à Lannion». Révolution judiciaire. La période révolutionnaire est riche en rebondissements. Exit les juridictions de l'Ancien Régime, Lannion hérite, en 1790, d'un tribunal de district. Qui se transforme cinq ans plus tard en un tribunal civil et un tribunal correctionnel. Lesquels sont supprimés par la Constitution du 22 frimaire an VIII (soit le 13décembre 1799), qui institue en leur place un tribunal de première instance. L'élégant auditoire. Le palais de justice, tel que nous le connaissons aujourd'hui, ne sera construit que dans les années 1860. Auparavant, les audiences se tiennent à l'auditoire, un bâtiment situé sur l'actuelle place du Centre, et qui abrite aussi les réunions des instances municipales. «L'auditoire était un élégant bâtiment, comportant un rez-de-chaussée surélevé, surmonté d'un étage de combles... Le large pignon cintré qui, dissimulant la toiture, surmontait la façade, portait un lanterneau, garni d'une horloge. Au sous-sol, entre les deux rampes du perron, s'ouvrait une voûte basse qui, rampant sous toute la longueur du bâtiment, communiquait avec la prison», peut-on lire sous la plume de Georges Lenôtre, dans son récit d'une condamnation de 1794.

Banal palais de justice. Un joli bâtiment que l'auditoire, mais en fort mauvais état, qui nécessite de fréquentes rénovations. Et cède la place, dans les années 1860, au nouveau palais de justice, dont l'architecture suscite moins d'éloges. «Le tribunal de première instance, au fronton triangulaire et aux colonnes massives, de la pire banalité», écrit Léon Dubreuil. Tribunal d'instance 1958-2009. À la création de la Cinquième République, en 1958, Lannion est dotée d'un tribunal d'instance. Nous sommes quelques années avant la révolution des télécoms et Lannion compte à peine 6.000 habitants. Aujourd'hui, la ville compte 20.000 habitants. Mais désormais aucun tribunal. Pour la première fois, depuis plus de 600 ans.

Jean-Luc Le Roux - Le Télégramme 31 décembre 2009

samedi 12 décembre 2009

Tribunal : « Appréhension avant la fermeture »

TB_GGP_TRIB28David Jobard entame sa dernière année à la présidence du tribunal de grande instance. Une juridiction qui fonctionnait « à merveille », selon lui, mais qui fermera ses portes fin 2010. Entretien

Quel bilan tirez-vous de votre première année de présidence à Guingamp ?

Elle confirme l'excellente impression que j'avais. C'est une juridiction qui fonctionne à merveille, qui est très efficace. Nos résultats sont parmi les meilleurs. Nos délais de traitement des dossiers sont nettement en dessous de la moyenne nationale et ce malgré deux postes vacants (juge d'instruction et juge d'application des peines). Cette efficacité, on la doit à l'implication de tous les collègues qui acceptent une charge de travail supplémentaire sans rechigner, car ils ont à coeur de rendre une juridiction en bon état d'ici fin 2010.

De quelle manière abordez-vous la fermeture du TGI ?

L'échéance immédiate, c'est la fusion le 1er janvier des tribunaux d'instance de Lannion et Guingamp, place de Verdun. Lorsque le tribunal de grande instance aura déménagé, le tribunal d'instance s'installera place du Centre. Le tribunal des prud'hommes y emménagera aussi avec éventuellement d'autres intervenants. Pourquoi pas des conciliateurs de justice ou le Spic (service pénitentiaire d'insertion et de probation) ? La fermeture du TGI, on l'abordera vraiment en fin d'année.

Comment appréhendez-vous cette fermeture ?

D'un point de vue fonctionnement, il s'agira d'une année tout à fait normale, au moins jusque fin octobre. Actuellement, il y a des audiences supplémentaires car le cabinet d'instruction a clôturé beaucoup de dossiers. C'est une charge de travail supplémentaire pour le greffe qui l'accepte avec beaucoup de bienveillance. Nous avons une souplesse de fonctionnement qu'on ne retrouve pas dans les grosses structures. Les deux derniers mois seront sans doute particuliers. Ils devront permettre à la juridiction de se mettre en état pour préparer le transfert vers Saint-Brieuc des archives, des dossiers, des scellés... Pendant ce temps, l'activité civile et pénale risque d'être un peu ralentie... Bien entendu, les urgences seront traitées.

Comment réagit le personnel ?

Le volet humain est plus délicat. Il y a beaucoup d'inquiétude et d'appréhension. C'est légitime. Une trentaine de fonctionnaires sont concernés. Certains feront valoir leur droit à la retraite, d'autres ont effectué des demandes de mutation dans d'autres juridictions. Un comité de pilotage travaille en lien avec Saint-Brieuc pour apporter des solutions humainement acceptables. Il réfléchit aux affectations dans les services en fonction des voeux, des aménagements d'horaires... Cette question des horaires revêt un caractère particulièrement important. Plusieurs fonctionnaires n'habitent pas Guingamp et leur temps de transport professionnel va être considérablement allongé. Ce n'est pas simple à gérer pour une famille. Nous sommes confiants car les chefs de cour sont particulièrement attentifs à trouver des solutions.

La fermeture est inéluctable ?

C'est une décision politique qui s'impose à nous. On la met en oeuvre. Même si je pense qu'en terme de pertinence, il aurait sans doute fallu prévoir une juridiction dans le Trégor, entre Brest et Saint-Brieuc... Concernant les recours en annulation, le Conseil d'État ne les a toujours pas examinés. Ni celui concernant le TGI, ni celui du TI. Et Lannion fait déjà ses cartons. Si sa fermeture devait être annulée, ce serait une situation inédite. À la Chancellerie de s'en débrouiller...

Pascale LE GUILLOU. Ouest-France - 12 décembre 2009

jeudi 10 décembre 2009

La France ferme dans la discrétion 151 tribunaux d'instance

OFRTP-FRANCE-JUSTICE-CARTE-20091210La réforme de la carte judiciaire française, un des projets les plus critiqués de l'ex-ministre de la Justice Rachida Dati, va franchir dans la plus grande discrétion un pas décisif le 31 décembre.

À cette date, 151 tribunaux d'instance, soit près d'un tiers du total de 2007 (473), fermeront définitivement leurs portes et verront leur activité transférée dans d'autres villes.

Le tribunal d'instance traite les petits litiges, notamment civils, du quotidien. Cinquante-cinq tribunaux de commerce, 62 conseils de prud'hommes et 27 autres tribunaux d'instance ont déjà été fermés dans un passé récent.

Très critiqué politiquement à droite comme à gauche, ce bouleversement sans précédent depuis 1958 se fait, selon les syndicats de magistrats, dans la confusion et aboutit fréquemment à un surcoût immobilier et une désorganisation.

Il s'opère dans l'insécurité juridique, puisque le Conseil d'Etat doit encore examiner, en principe début 2010, les centaines de recours en annulation déposés.

Les opposants à la réforme estiment qu'on ferme les tribunaux dans la précipitation pour créer un "fait accompli" et rendre ces recours inopérants. "Tout cela a été fait en dépit du bon sens", dit Christophe Régnard, président de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire).

Le gouvernement conteste ces griefs, tout en s'exprimant peu sur le dossier. Michèle Alliot-Marie, qui a remplacé en juin Rachida Dati au ministère, a délégué le dossier à son secrétaire d'Etat Jean-Marie Bockel, un ancien socialiste.

Le ministère de la Justice présente l'opération comme un moyen de "rendre la justice plus rapide et plus efficace".

Il ne fait que superviser les fermetures, qui posent de multiples problèmes financiers, matériels, juridiques et informatiques censés être résolus par un guide méthodologique de 33 pages. Les autorités judiciaires locales font l'essentiel du travail, en l'absence d'administration dédiée à l'opération.

SURCOÛT IMMOBILIER

Premier grief soulevé par le monde judiciaire, le déménagement des tribunaux est souvent coûteux, les locaux abandonnés restant à la charge des collectivités locales, tandis que les locaux qui accueillent leur activité, souvent déjà saturés, doivent s'agrandir, donc louer ou investir.

C'est le cas par exemple à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), où selon le président du tribunal, Alain Tessier-Flohic, l'absorption des tribunaux d'instance de Biarritz et Saint-Palais a coûté 420.000 euros et amené la location de nouveaux bureaux.

Selon le Sénat, la réforme a généré plus de 400 opérations immobilières, pour un quart provisoires. Les syndicats de magistrats jugent largement insuffisants les 30 millions d'euros budgétés à ce titre pour 2010.

Deuxième grief, le service se dégraderait en raison de problèmes dans les transferts de personnels et de dossiers.

C'est l'avis de Karine Faessel, présidente du tribunal d'instance de Mulhouse (Haut-Rhin), où ont été regroupés en novembre les tribunaux d'Altkirch et de Huningue.

Pour la gestion des tutelles de personnes irresponsables, Mulhouse a vu s'ajouter 1.200 dossiers aux 3.000 en cours, mais n'a pu reprendre que neuf des 19 employés des anciens tribunaux, les autres ayant préféré partir ailleurs. Les délais de traitement sont donc rallongés.

Troisième grief, avancé notamment par les élus locaux, l'abandon de petites juridictions léserait les habitants des zones rurales, pour lesquels un déplacement de 80 km ne serait pas toujours évident.

La commission des Lois du Sénat a soutenu cet argument et fait part de son inquiétude dans un rapport en novembre où elle demande "le maintien effectif de l'accès au droit".

L'ouverture de Maisons de la justice et du droit (MJD), structures d'orientation qui ne remplacent pas les tribunaux, suscite l'inquiétude car l'Etat ne les finance qu'en partie.

Le dossier n'est pas refermé. Les dernières fermetures et les plus sensibles, celles de 21 tribunaux de grande instance, sont programmées pour la fin 2010.

Édité par Yves Clarisse pour Reuters - 10 décembre 2009

mardi 8 décembre 2009

Suppressions

Carte_suppression.jpg
Le 31 décembre prochain, 200 tribunaux d'instance vont disparaître. Un vrai bouleversement pour les villes concernées.

Le compte à rebours a commencé : le 31 décembre prochain, près de 200 tribunaux d'instance et autant de greffes vont fermer leur porte. Pour la première fois, la réforme de la carte judiciaire, annoncée depuis deux ans, va devenir tangible pour des centaines de milliers de justiciables. La carte des tribunaux français n'avait pas été modifiée depuis 1958, elle va cette fois subir des transformations importantes jusqu'à l'année prochaine : le 31 décembre 2010, 21 tribunaux de grande instance, juridictions plus importantes, baisseront à leur tour le rideau (deux l'ont déjà fait). Cette réforme à laquelle personne ne voulait croire, tant les résistances des élus locaux étaient fortes, sera bouclée.

Au total, plus de 400 implantations judiciaires vont disparaître, en comptant la suppression de 55 tribunaux de commerce et de 62 conseils des prud'hommes, déjà effectuée.

Pour la Chancellerie, ce vaste remaniement du paysage judiciaire représente un défi technique : une mission spéciale carte judiciaire a travaillé pendant plus d'un an pour préparer le big-bang. Sur le plan humain, la valse des mutations et nominations constitue un véritable casse-tête : 1 800 magistrats et greffiers sont concernés, sans compter les quelque 500 avocats dont le barreau n'existera plus. Dans de nombreux tribunaux appelés à fermer, les magistrats ont d'ailleurs souvent anticipé en demandant d'autres postes, si bien que la juridiction fonctionne déjà à effectifs réduits. La plupart des personnels de greffe vont, eux, rejoindre la juridiction avec laquelle feu leur tribunal a fusionné. Seuls quelques-uns d'entre eux restent sur place, accueillis dans une autre administration. «Aujourd'hui il ne reste plus que 20 cas à régler pour le basculement des tribunaux d'instance», lance, plutôt soulagé, un haut magistrat à la Chancellerie.

L'enjeu est également immobilier : la réforme de la carte ne représente pas moins de 450 opérations immobilières ! Pour accueillir les magistrats et les greffiers des juridictions rayées de la carte, on se serre un peu plus dans les tribunaux d'accueil ou bien on loue de nouveaux locaux, en attendant la réalisation de travaux d'agrandissement. Généralement, les locaux libérés n'appartenaient pas au ministère de la Justice, mais aux collectivités locales : quelques mairies envisagent déjà d'installer une bibliothèque, beaucoup n'ont pas encore de projet.

Pour la justice, la réforme a donc un coût important. Officiellement, ce vaste chamboulement immobilier est estimé par la Chancellerie à 385,7 millions d'euros sur dix ans. Dans son rapport sur le projet de loi de finances pour 2010, le député (UMP) Yves Deniaud marque toutefois un certain scepticisme vis-à-vis de ce chiffre. «Le rapporteur spécial s'interroge sur les critères qui ont prévalu à la distinction entre travaux relevant de la réforme de la carte judiciaire et hors carte judiciaire», note l'élu, soupçonnant une volonté de minorer le coût de la réforme face à un Parlement qui était plutôt hostile au projet.

Lettres de protestation

Des estimations divergentes ont en effet été données. Dans une note interne de la Chancellerie, le chiffre est arrondi à 500 millions sur six ans. En 2008, la somme de 545 millions a été citée par le représentant du ministère devant la commission des finances du Sénat. Des documents préparatoires à la réforme, eux, évoquaient il y a deux ans un total approchant 900 millions d'euros… Par ailleurs, une partie des frais d'adaptation, par exemple informatiques, sont intégrés au plan de relance.

La Chancellerie est donc suspectée de ne pas dévoiler la totalité de l'addition, car la réforme de la carte judiciaire n'est toujours pas populaire auprès des élus - qui l'ont combattue en vain. Jean-Marie Bockel, à qui Michèle Alliot-Marie a confié le suivi de la réforme, a entrepris de faire le tour des cours d'appel. À chacun de ses déplacements, le secrétaire d'État à la Justice commence par répéter que les arbitrages ne changeront plus. Des lettres de protestation continuent en effet de parvenir Place Vendôme et des manifestations de protestation sont encore prévues cette semaine.

«À Péronne, tous étaient convaincus que leur palais de justice ne fermerait pas, simplement parce que Rachida Dati y avait exercé !», raconte un magistrat. «J'espère encore une réflexion», lance Gérard Gouzes, maire de Marmande, qui s'apprête à perdre, en plus de «son» tribunal de commerce, «son» tribunal de grande instance. «Le tribunal d'Agen est en travaux, les gens travaillent dans des préfabriqués, alors que notre tribunal, tout neuf, va être fermé, déplore-t-il. Vous voulez une photo ? Il est magnifique.» Amer, le maire envisage d'installer dans ces locaux un «tribunal arbitral» - un mode parallèle de résolution des conflits entre personnes privées. «Les avocats déménagent, les huissiers vont suivre, c'est un pan d'économie qui s'en va», regrette encore Guy Durand, le maire de Millau. Malgré tout, 23 tribunaux d'instance et 2 tribunaux de grande instance ont déjà fermé par anticipation, sans cris. «Ce n'est pas facile, explique Jean-Marie Bockel. Mais cela se passe quand même globalement mieux que je ne l'imaginais.»

Le Figaro - 7 décembre 2009

jeudi 3 décembre 2009

Saint-Brieuc. 9,8M€ pour rénover le palais de justice

Adam_2.jpgL'annonce officielle est tombée hier. À partir de 2013, le palais de justice de Saint-Brieuc sera entièrement rénové. Coût de l'opération: 9,8M€. Durée des travaux: trois ans.

Il aura donc fallu attendre le milieu de journée, hier, pour enfin apprendre, de source officielle, que le palais de justice de Saint-Brieuc allait être entièrement rénové, entre2013 et 2016, pour la bagatelle de9,8M€. Car jusque-là, l'inauguration des nouveaux locaux des tribunaux d'instance, de commerce et des prud'hommes de la ville, débutée à 14h30, ressemblait à s'y méprendre à une trop longue visite de locaux organisée par une agence immobilière. «C'est spacieux, confortable et lumineux...», entendait-on dans les rangs. Sans grand intérêt, donc. D'autant que ça fait bien longtemps que lesdits tribunaux ont ouvert leurs portes à leurs nouvelles adresses. Depuis fin juin pour le tribunal d'instance, désormais installé 6bis, allée Marie-Le Vaillant; respectivement depuis la fin octobre et début novembre pour les tribunaux de commerce et les prud'hommes, tous deux déménagés au17, rue Parmentier.

Une première étape de 2,5M€ sur deux sites

Parmi les invités à cette surprenante visite guidée par Alain Sadot, président du TGI, figuraient toutefois quelques personnalités du monde judiciaire, telles que Michel Couaillier et Léonard Bernard de la Gatinais, respectivement premier président et procureur général près la cour d'appel de Rennes. Lors du discours qui a suivi, Fabrice Adam, magistrat délégué aux opérations immobilières de la Justice en Bretagne, est revenu sur le coût de ces travaux: 1,84M€ pour les 580m² du tribunal d'instance; 1,7M€ pour les 750m² du tribunal de commerce et les prud'hommes.

Les services civils regroupés

Il a aussi expliqué qu'il ne s'agissait que d'une première étape, car d'autres opérations immobilières allaient être conduites dans les prochains mois. En raison, comme les précédentes, des conséquences de la nouvelle carte judiciaire voulue par Rachida Dati. Ainsi, les anciens locaux du tribunal de commerce, boulevard de Sévigné, seront rénovés, pour un coût de 600.000 €, afin d'accueillir, à terme, tous les services civils du tribunal de grande instance. Car ce dernier va très vite manquer de place, à l'arrivée du personnel du TGI de Guingamp, dont la fermeture a été annoncée il y a plusieurs mois.

Une restructuration technique et fonctionnelle

D'ici quelques mois, le TGI de Saint-Brieuc sera donc divisé en deux pôles distincts, séparés par un boulevard. Ce qui ne sera pas sans engendrer quelques problèmes d'organisation. Reste maintenant à savoir si cette situation sera pérenne ou pas. «Tout dépendra du grand projet de réhabilitation du palais de justice, d'un coût de 9,8M€», a répondu Fabrice Adam. Une «restructuration technique et fonctionnelle», en profondeur, qui était devenue inévitable tant les manquements sont criants, notamment en terme de sécurité. «Pour l'instant, nous étudions toutes les possibilités, y compris celle d'étages intermédiaires, si c'est réalisable. L'étude de faisabilité se fera en avril 2010. Quant à la validation du projet, elle devrait intervenir en septembre 2010.» Les travaux, eux, ne commenceront pas avant 2013, et dureront trois ans. Trois ans de chantier avant, sans doute, une inauguration en grande pompe.

Gwendal Hameury
Le Télégramme 2 décembre 2009

mercredi 2 décembre 2009

Réforme de la carte judiciaire : d’abord de grosses dépenses

Adam.jpgLe 1er président de la cour d’appel de Rennes vient d’inaugurer, à Saint-Brieuc, les nouveaux locaux du tribunal de commerce et des prud’hommes (1,7 million d’euros dépensé) et du tribunal d’instance (1,8 million) qui s’apprête à intégrer celui de Loudéac. Surtout, on annonce un investissement de neuf millions d’euros afin que la ville dispose, d’ici 2016, d’un palais de justice moderne, accessible et fonctionnel. Le tribunal de grande instance compte une soixantaine d’agents et, lors de la fusion avec Guingamp début 2011, son effectif dépassera la centaine de personnes.

Ouest-France 2 décembre 2009

mardi 1 décembre 2009

Tribunaux bretons. Presque sur la paille !

robin.jpgLa cour d'appel de Rennes a échappé de peu à la cessation de paiement. La semaine dernière, Bercy a débloqué une nouvelle enveloppe - la troisième de l'année - d'un peu plus d'un million d'euros pour boucler l'année. Un phénomène récurrent. Et inquiétant.

Il y a encore une semaine, nous n'avions pas de quoi payer les salaires de décembre». MichelCouailler, premier président de la cour d'appel de Rennes, n'est pas un adepte de la langue de bois. Oui, comme partout en France, les tribunaux bretons ont du mal à boucler les fins de mois, et notamment à payer experts et interprètes dans les temps. «Mais nous n'avons jamais eu à demander de limiter les demandes d'enquêtes. Si cela devait arriver un jour, je ne suis pas sûr de vouloir rester magistrat», poursuit Michel Couailler. À trois reprises cette année, les tribunaux bretons ont manqué d'argent. À trois reprises, la chancellerie a fini par verser une rallonge. Total des crédits alloués aux frais de justice (enquêtes) pour la Bretagne, en 2009: 18,2 MEUR, contre 15,5 MEUR initialement accordés. «Nous en avions demandé 19», précise Michel Couailler.

Légistes: «On est payé moins que le Smic»

Depuis 2006, dans le cadre de la Loi organique relative aux lois de finances (Lolf), et économies obligent, chaque cour d'appel dispose d'un budget désormais limité. «La vérité judiciaire n'a pas de prix, mais un coût qu'on nous demande de diminuer», résume MichelCouailler. Le risque, c'est que de grosses enquêtes fassent exploser le budget. Impossible de prévoir à l'avance combien de crimes et délits vont être commis... Visiblement, les sommes accordées par la Chancellerie ont, dès 2006, été insuffisantes, entraînant le report, d'année en année, d'impayés. À une exception près, les interprètes que nous avons pu contacter ont fait part de retards de plusieurs mois. «C'était déjà comme ça avant 2006», relativise l'un d'eux. La Justice paie en retard. Et souvent mal. Un exemple avec les tarifs concédés à la médecine légale. Ils sont jugés «dissuasifs». En 2002, le Finistère comptait six légistes. Il n'en reste qu'un seul aujourd'hui. «On nous paie moins que le Smic», se fâche un médecin qui vient tout juste de jeter l'éponge. Quelles conséquences pour les enquêtes? L'expert répond par une pirouette. «L'heure du décès n'est plus systématiquement déterminée. Il paraît pourtant que c'est important dans une enquête...» «Toutes les cours d'appel ou presque sont à court d'argent en novembre (*)», relève Jean-Paul Moisan, patron de l'Institut génétique Nantes-Atlantique (Igna), qui réalise désormais la très grande majorité des tests ADN pour les ministères de l'Intérieur et de la Justice. «On me paie en moyenne avec quatre mois de retard, alors que le délai maximum prévu est de 45 jours (*), fulmine Jean-Paul Moisan. Et encore, je dois m'estimer heureux. J'emploie une personne à plein-temps pour s'occuper des relances. Mes confrères experts doivent, eux, attendre six mois!».

Enquêtes: officiellement pas de problème

Quant à l'absence de conséquences sur le déroulement des procédures, le patron de l'Igna reste sceptique. «Je suis sûr que des actes ne sont plus demandés, faute d'argent. Pourquoi est-ce que j'enregistre près de 15% de demandes d'analyses en moins, pour toute la France, sur les deux derniers mois de l'année?». «Nous n'avons jamais demandé aux tribunaux de restreindre leurs prescriptions», se défend pour sa part le premier président de la cour d'appel de Rennes. «C'est plus subtil que ça, assure un magistrat. On sait faire comprendre à un juge d'instruction souhaitant étendre une enquête, dans un dossier de stups ou une affaire financière par exemple, qu'il va enquiquiner tout le monde. Trop long, trop cher et trop lourd à juger...».

  • La France consacre 53EUR par habitant pour sa justice, contre 80,50EUR en Grande-Bretagne, et 102EUR en Allemagne. La Bretagne serait encore moins bien lotie, recevant l'équivalent d'une «quarantaine d'euros par habitant». Pour autant, elle figurerait parmi les bons élèves en matière de gestion et de paiement.

Hervé Chambonnière

Le Télégramme 1er décembre 2009

jeudi 12 novembre 2009

Jour de colère

Debreu.jpgJour de colère parce que nous avons été tenus dans l'ignorance totale de ce qui se tramait au sein du Gouvernement :

A SAVOIR:

- La suppression du Tribunal de Grande Instance de GUINGAMP. - La suppression du Tribunal de Grande Instance de MORLAIX. - La suppression du Tribunal d'Instance de LANNION.

Nous l'aurions su, nous aurions travaillé, tous ensemble, politiques et professionnels, à la création d'un Tribunal de Grande Instance à LANNION.

Et ce n'était pas une utopie.

Plusieurs Magistrats, et non des moindres, nous ont, nous, avocats de LANNION, interpellés en ces termes : "pourquoi n'avez-vous pas proposé qu'un Tribunal de Grande Instance soit installé dans votre palais de Justice de LANNION"?

Et nul ne peut les taxer d'irréalisme.

Jour de colère car il y a quelques années nous avions accueilli la maison de la justice et du droit et qu'elle se révèle l'un des instruments de notre perte.

J'ai apprécié la comparaison faite par une consœur dans le journal le Trégor de cette semaine:

- entre une maison médicale où l'on parlerait du cancer et du sida, sans soigner - et la maison de la justice et du droit où l'on parle de droit mais où on ne juge pas.

Car seul un Tribunal a le pouvoir de juger et ce Tribunal nous l'avons perdu.

Jour de colère devant le mépris de ceux qui nous gouvernent.

- Mépris du petit.

- Mépris du faible.

- Mépris de celui qui pouvait sans avocat tout près de chez lui demander l'aide de la justice pour faire reconnaître ses droits.

- Mépris de celui qui pouvait, sans nulle difficulté, demander l'aide d'un Juge des Tutelles pour protéger un père ou une mère malade ou sénile.

Dès demain, pour défendre sa cause, il lui faudra parcourir 60, 100, 150 kilomètres, une fois, 2 fois, 3 fois alors que l'on sait qu'une affaire ne se résout pas en une seule audience.

Et au nom de quoi ?

Au nom de rien.

Si encore tous les tribunaux d'instance similaires au nôtre avaient été supprimés.

Mais non, certains de bien moindre importance que le nôtre subsistent.

Comment expliquer cette révoltante différence de traitement, sinon par des raisons bassement politiciennes.

Pour paraphraser Shakespeare : Il y a quelque chose de pourri au royaume de France.

Jour de colère parce que notre Tribunal est supprimé alors que notre recours contre le décret scélérat n'a toujours pas été examiné par le Conseil d'Etat.

Colère car à chaque fois que nous avons demandé une entrevue avec la Ministre de la Justice pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être, nous avons été éconduits.

Jour de colère et jour de deuil.

L'on juge à LANNION depuis plus de 600 ans.

L'on juge à LANNION dans le Palais de justice où nous sommes depuis 154 ans.

A compter du 10 novembre 2009, ce sera fini.

On veut nous faire croire que ce sera un progrès.

En réponse,

Je citerai Ernest RENAN qui disait : "les vrais hommes de progrès sont ceux qui ont un profond respect du passé".

Discours de Me Brigitte DEBREU-MILON, doyenne des avocats de Lannion, lors de la dernière audience du tribunal d'instance le 10 novembre 2009.

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